J’ai passé les deux derniers jours à Dunkerque pour une réunion entre partenaires français et anglais. Mon moment préféré de la journée : le déjeuner. Pas seulement pour la nourriture, mais surtout parce que c’est l’un des moments où les Anglais sont très anglais et les Français, très français.
Le projet commun s’étale sur trois ans au cours desquels les partenaires se réuniront tous les trimestres. La première réunion s’est tenue en Angleterre et le premier déjeuner était typiquement anglais : court, insipide, inconfortable, plus destiné à sustenter un travailleur qu’à faire briller les yeux d’un gourmet. Nous sommes sortis de la salle de réunion pour nous asseoir dans des fauteuils rassemblés dans le hall. Sur une table basse se trouvaient quelques sandwiches de piètre allure et les Français avaient l’air un peu perdus. On venait de leur dire qu’on allait prendre le déjeuner, que se passait-il donc ? Je les ai doucement poussés vers les sandwiches (au concombre, au fromage et au thon). Je leur ai fait découvrir les joies de la serviette en papier qui sert d’assiette et les ai aidés à choisir leurs chips en fonction de leur saveur.
Lors de la première réunion en France, le président (anglais) de la réunion a regardé sa montre vers midi et demi et a dit à tout le monde : “Très bien, c’est l’heure du déjeuner, on reprend dans une demi-heure ?” “QUOI ? ? ?” Les Français se révoltaient. Cette fois, ils étaient sur leur territoire. Après de dures négociations, ils se sont mis d’accord ; le déjeuner durerait une heure et demie. Nous sommes allés dans un charmant petit restaurant où nous avons dégusté un délicieux repas. Nous avons découvert les spécialités du coin (maroille, flammkueche) et j’ai regardé avec envie les convives siroter du vin ou de la bière de la région. Pensant qu’interpréter un brin éméchée pourrait donner des résultats inattendus, je me suis abstenue.
J’aimerais cependant déboulonner un mythe sur la gastronomie en Angleterre : on mange très bien sur cette île. Bien que les déjeuners, centrés autour du travail à accomplir, aient toujours été assez simples, les partenaires français ont toujours dîné dans d’excellents restaurants au cours de leurs séjours. Comme il n’y a pas vraiment de cuisine traditionnelle (mis à part les fish and chips etc.), des cuisines des quatre coins de la planète ont été adoptées, intégrées et prospèrent ici. La quantité de restaurants du monde entier est impressionnante, surtout ici, à Brighton, et de nouveaux cuisiniers britanniques progressifs adorent essayer toutes sortes d’ingrédients et de recettes exotiques, et cela beaucoup plus qu’en France, à mon avis.