Lorelai: I kept information from you.
Rory: Information that I should have had.

Lorelai:
It would’ve come out eventually,
like the Iran-Contra Scandal.
Rory: So you’re Oliver North.
Lorelai: No, I’m Fawn Hall.
Rory: Mom.
Lorelai: She was much prettier
Dans ce dialogue, Rory est en colère car Lorelai, sa mère, lui a menti. Lorelai cite l’affaire Iran-Contra, au cours de laquelle Oliver North et Fawn Hall mentirent au sujet de ventes d’armes à l’Iran et d’argent versé aux contras par le gouvernement américain. Je sais tout ça parce que j’ai fait une petite recherche sur l’Internet quand j’ai dû traduire ce passage. À ma grande honte, je dois avouer que je ne connaissais pas le scandale en question, et je suis certaine que la plupart des Français (et surtout les adolescents à qui cette série doit son audimat) sont aussi ignorants que moi à ce sujet.
Alors que faire quand on doit sous-titrer un tel passage ? Impossible de donner des explications dans une note de bas de page, comme on pourrait le faire avec une traduction classique. Faut-il laisser le public français dans l’ombre quant à ce dialogue et à ses répercussions sur les personnages, ou essayer de faire passer son message ?
On peut traduire les références culturelles de deux manières : grâce à un transfert ou à une adaptation. Avec la première option, on transfère littéralement la notion dans le texte cible en espérant que les lecteurs sauront de quoi il s’agit. Ce n’est pas un choix paresseux : remplacer un obscur passe-temps britannique par un passe-temps français peut se révéler extrêmement artificiel et déplacé. La plupart des Français n’ont jamais entendu parler du “netball”, tandis que les Britanniques ignorent tout du “handball”, mais ce n’est pas le cas de tous. Si on transfère “netball” dans la traduction, on court le risque d’aliéner les lecteurs peu familiers de la culture britannique. Mais si on procède à une adaptation avec un “équivalent” français, les lecteurs initiés perdent au change. C’est pas simple !
Exemple d’adaptation culturelle : l’adaptation consiste à retirer la signification de la référence culturelle pour la plaquer sur la réalité culturelle de la langue cible (ici, des menteurs dévoilés). Voici ce que cela pourrait donner :
Lorelai : Je ne t’ai pas tout dit.
Rory : Tu aurais dû me le dire.
Lorelai : Ça allait se savoir,
comme pour François Mitterrand et Mazarine.
Rory : Comme François Mitterrand, tu as menti.
Lorelai : Non, comme Mazarine.
Rory : Maman.
Lorelai : Elle est beaucoup plus jolie.
L’histoire de François Mitterrand et de Mazarine, sa fille naturelle, est bien connue en France et je pensais qu’elle me permettrait de rester fidèle à ce qui se passe entre les personnages. Cependant, c’était vraiment incongru de voir ces personnages bien américains mentionner la vie personnelle d’un homme politique français. Alors, je me suis dit qu’il fallait mieux essayer de trouver un scandale américain, plus récent, qui serait connu de tout le monde. Dans la catégorie “scandale relayé au niveau international”, difficile de battre l’affaire Clinton/Lewinsky ! Je pensais avoir trouvé ma solution : remplacer un scandale américain relativement obscur (pour un public français, et en particulier les adolescents qui sont nés après le scandale) mettant en scène des menteurs par un autre scandale américain tellement célèbre qu’il fait dorénavant partie de la « culture » (bien que le terme « folklore » s’applique mieux ici) française.
J’étais plutôt contente de mon adaptation 100% américaine quand mon client m’a finalement conseillé de transférer la référence culturelle dans ma traduction.
[haussement d’épaule]
Au moins, ça m’aura fait réfléchir.