Par l’intermédiaire de ce site, j’ai reçu de nombreux e-mails de personnes me demandant des conseils pour se lancer dans la traduction. Il est très difficile de savoir quoi dire. En effet, au contraire de la plupart des carrières, on peut y arriver de différentes manières. La traduction souffre d’un manque énorme de réglementation, ce qui veut dire que n’importe qui peut décréter être traductrice et chercher du travail ; au Royaume-Uni, il suffit de déclarer être à son compte. Cela ne veut pas dire que vous obtiendrez du travail sans expérience ou qualifications, mais c’est aussi simple que cela.
La voie la plus évidente à suivre est de faire une Licence de traduction. Cependant, cela n’est pas nécessaire et si, comme moi, vous avez compris sur le tard que c’est le métier qui vous plaît vraiment, vous pouvez toujours y parvenir. Après tout, il n’est pas évident de savoir à 18 ans quelle carrière on veut faire. Cependant, il est crucial de très bien connaître sa langue/culture source et d’avoir suivi une formation linguistique, ou au moins de savoir très bien écrire dans sa langue maternelle. Plusieurs personnes m’ont contactée en me disant qu’elles parlaient français et anglais et voudraient se lancer dans la traduction. Certaines avaient de bons diplômes, mais pas nécessairement liés aux langues, et très peu ou pas d’expérience. Je leur ai dit que parler couramment deux langues ne veut pas dire qu’on est capable de produire de bonnes traductions et je leur ai conseillé de s’assurer que leurs compétences à l’écrit étaient suffisantes. Une bonne traduction ne se contente pas de transmettre le contenu du texte source dans une autre langue, elle doit le faire avec élégance, ce qui se travaille.
La traduction étant si peu réglementée, on peut devenir traductrice de plusieurs manières selon l’endroit où l’on vit, et je ne connais bien que la situation au Royaume-Uni. Je n’avais aucune expérience professionnelle de la traduction quand j’ai décidé de devenir traductrice. Je pensais que mes six années au Royaume-Uni, ma Maîtrise d’anglais (durant laquelle j’avais suivi plusieurs modules de traduction) et mon éducation littéraire m’avaient équipée des compétences nécessaires à devenir traductrice. J’ai donc décidé de passer le Diploma in Translation de l’Institute of Linguists. Je pensais que cela me permettrait de voir ce que des professionnels de la traduction pensaient de mes compétences et de prouver mes qualités auprès de clients potentiels.
Une fois l’examen réussi, le plus dur a commencé : trouver des clients. Tout en me préparant à passer l’examen, j’ai fait des travaux de traduction bénévoles pour avoir quelque chose à mettre dans la section « expérience » de mon CV ; j’ai également eu la chance d’avoir une amie qui m’a confié quelques projets pour l’organisation qui l’employait. Je me suis inscrite sur tous les sites de traduction que j’ai trouvés (notamment Proz et Translators’ Café) et par pure ignorance, j’ai fait ce qu’il ne fallait pas faire : j’ai envoyé de but en blanc mon CV rachitique à des centaines de bureaux de traduction. J’ai reçu une poignée de réponses, la plupart me demandant de faire des tests. Après cela, on m’a donné quelques documents à traduire. J’ai continué à envoyer des CV en y ajoutant les quelques traductions réalisées, et tout est parti de là.
Que ferais-je de différent ? J’essaierais de trouver les astuces de Chantal Wilford et je les apprendrais par cœur. Je n’enverrais pas mon CV à tant de bureaux de traduction sans même un coup de fil. Je déciderais très tôt des domaines dans lesquels je veux travailler et j’approfondirais mes connaissances. La seule bonne décision que j’ai prise a été de garder mon travail à mi-temps dans une école au cours de ma première année dans la traduction ; il a parfois été difficile de jongler avec les deux carrières, mais je n’ai jamais eu à accepter les tarifs de misère offerts par certains.
Alors, comment devient-on traductrice ? Désolée, mais la réponse n’est pas simple. Cela dépend de son éducation, du pays où on vit, des clients qu’on veut cibler. Devenir traductrice ressemble fortement à l’acte de traduction lui-même : tout dépend du contexte. Il serait très intéressant de connaître les expériences d’autres traductrices/teurs dans différents pays…