Pour tout vous dire, je suis drôlement soulagée. Je n’ai rien laissé paraître sur ce blog, mais j’ai trouvé la campagne électorale américaine extrêmement pénible. Pourquoi ? Parce que j’avais beau me creuser la cervelle, je ne voyais pas comment traduire flip-flop en français. Souvenez-vous : c’était l’angle d’attaque préféré de l’équipe du Buisson contre John Kerry, son opposant qui s’était montré indécis face à la question de la guerre d’Irak. Je m’étais résignée au fait qu’il était nécessaire de paraphraser pour rendre ce terme, jusqu’à ce que je lise cet article de Stéphane Arteta sur les… blogs. Sa traduction ? Girouette ; autrement dit, quelqu’un qui change d’avis comme de chemise.
Cet article de Wikipedia sur l’étymologie populaire explique l’intéressante origine de girouette. On pourrait croire que ce mot est composé de girer et (pi)rouette, mais en fait, il vient de veðrviti, un terme anglo-normand emprunté au norrois et qui signifie indicateur (viti) du vent (veðr. qui a donné weather en anglais). Ce mot a été adopté au XIIe siècle sous la forme wirewite.
Au XVIe siècle, comme wirewite ne se rapprochait d’aucun autre morphème connu, on l’a transformé en gyrouete, qui combine gire et rouette (petite roue) ; cela devait sembler plus logique, une girouette décrivant des cercles quand elle tourne.
Autre exemple contesté (pour une explication complète, voir worldwidewords) de ce type de corruption d’un mot étranger pour le faire entrer dans le moule du parler local : le district londonien Elephant and Castle. On dit que ce mot provient peut-être de l’Infante de Castille, une princesse espagnole qui s’est arrêtée dans le sud de Londres avant d’aller rencontrer son futur mari. On a modifié ces mots étrangers pour qu’ils soient plus conformes à la langue anglaise, d’où l’irruption d’éléphants et de châteaux dans un quartier plus connu pour ses embouteillages.
Pour finir, ce matin sur Radio 4 deux hommes se chamaillaient au sujet de la simplification de l’orthographe anglaise. Le premier, opposé à cette idée, affirmait que l’orthographe d’un mot nous donne de précieuses indications sur son étymologie et origine, tandis que l’autre ripostait en disant que l’orthographe d’un mot nous induit souvent en erreur quant à sa genèse (comme girouette !). Cependant, je pense que si on simplifiait l’anglais, on effacerait toute trace des origines d’un mot et de ses liens avec d’autres termes. J’ai vraiment aimé retrouver l’origine compliquée de girouette ; j’ai trouvé fascinant de voir sa progression et l’impact de cultures variées sur son développement.