Durant le festival de Brighton, j’aime tout particulièrement flâner dans les  » open houses « . Chaque week-end de mai, les artistes de Brighton & Hove ouvrent leurs maisons au public, qui peut y admirer leurs œuvres. Cette année, j’ai noté un grand nombre de giclées, un terme que je ne connaissais pas jusque-là. Il désigne une technique d’impression numérique de très haute qualité, à tel point que les experts ont souvent du mal à distinguer un original d’un giclée.
Ce terme m’a beaucoup intriguée. En effet, il est vrai que d’une certaine manière, l’imprimante fait gicler l’encre sur la toile. Cependant, la notion d’imprécision, d’accident inhérente à ce verbe s’accommode mal du soin nécessaire à un tel procédé. Normalement, une giclée de quelque chose finit là où elle ne devrait pas, et s’accompagne d’un nettoyage de la surface où elle a atterri. Cette technologie aurait-elle été développée en France, et ce terme créé par un artiste excentrique désireux de démystifier le processus de création ?
J’ai fini par trouver ici la réponse à ma question (ma traduction) :

En 1991, Duganne a dû créer un mot pour désigner un type d’impression mentionné dans un dépliant annonçant l’exposition de Diane Bartz, une artiste californienne. Il voulait éviter des mots tels que « ordinateur » ou « numérique » à cause des connotations négatives attachées à cette nouvelle technique dans le monde artistique. S’inspirant du mot français jet d’encre, Duganne a cherché dans son Larousse de poche un mot recouvrant la plupart des technologies jet d’encre de l’époque et, avec un peu de chance, du futur. Il est tombé sur le mot gicleur, la pièce qui diffuse l’encre sur le papier présente dans la plupart des imprimantes. La forme nominale de gicleur est giclée. Duganne avait trouvé ce qu’il recherchait.

C’est vrai que la pièce en question, qui diffuse l’encre dans les imprimantes, est parfois appelée gicleur en français, mais son nom le plus courant est buse. Gicleur me choque moins dans le contexte de l’impression commerciale, mais il ne colle vraiment pas à la reproduction d’une délicate œuvre d’art, fruit de plusieurs heures de coups de brosses précis. Le plus amusant, c’est que ce mot a été emprunté en français pour désigner cette technique d’impression. Il est vraiment ironique que Duganne, qui voulait faire dans le sophistiqué, ignorait les connotations négatives du mot giclée et a fini par choisir un mot qui n’a vraiment pas sa place dans le monde de l’art…