L’émission de radio Word of Mouth a récemment abordé l’intéressante question du rôle des langues française et anglaise dans le domaine de la diplomatie.
Le français a longtemps dominé les échanges diplomatiques, et cela pour deux raisons : tout d’abord, parce que la France exerçait autrefois un énorme pouvoir politique. Sa langue a donc été utilisée dans toute l’Europe à partir du 18ème siècle, avec le règne de Louis XIV. Ensuite, Napoléon a « aidé » à asseoir la domination du français sur un territoire encore plus étendu. Son utilisation dans les traités internationaux n’a commencé à décliner qu’avec l’émergence des USA après la première guerre mondiale ; le traité de Versailles a même été rédigé en français et en anglais.
La seconde raison, c’est que le français est la langue de la clarté et de la précision. Elle utilise toute une foule de déterminants, adverbes, conjonctions et autres pour relier les différentes parties de phrase et clarifier la logique qui les articule. C’est ce qui explique le phénomène de foisonnement dans la traduction de l’anglais vers le français, la traduction française étant en moyenne 15% plus longue que le texte source. L’anglais est plus susceptible de faire naître l’ambiguïté et sa concision peut être perçue comme de la brusquerie, tendance qui a été décrite dans le programme comme « l’ennemi du discours poli ». De nos jours, même si le français a perdu de son prestige, le vocabulaire diplomatique anglais est toujours hanté par de nombreux fantômes français : regime, coup, etiquette, rapprochement. J’imagine que ces mots ont survécu parce qu’ils n’ont pas d’équivalent en anglais.
Cette discussion m’a menée à réfléchir au langage diplomatique dans le turbulent climat international actuel. Je me demande si la « brusquerie » inhérente à l’anglais peut expliquer, en partie, pourquoi les discours de George Bush, qui affectionne un style simple et direct, ont aussi peu de succès auprès des Européens et des Arabes. Il pousse la concision de l’anglais jusqu’à un point extrême, ce qui, indépendamment du contenu de son discours, peut sembler abrupt dans le meilleur des cas et agaçant et condescendant dans le pire, comme quand il a dit, mercredi :

« First, people in Iraq must understand that I view those practices as abhorrent. They must also understand that what took place in that prison does not represent America that I know. »

Le modal must est terriblement dur et sans appel (pratiquement un ordre) dans le contexte d’une interview où il était censé demander pardon aux Irakiens pour les exactions de ses soldats. Bien entendu, on pourrait dire que c’est son style personnel, et qu’il serait tout aussi abrupt si c’était un francophone, mais je pense que l' »efficacité » de l’anglais pourrait expliquer pourquoi George Bush semble souvent plus brusque et simpliste qu’il ne le voudrait peut-être.