« Tu as entendu ce que Mike Tomlinson a dit ? »
Gabrielle était visiblement contrariée. Mike Tomlinson est l’ancien directeur de l’Ofsted (Office for Standards in Education) et il est en train de revoir le système des A-Levels. En tant que prof, elle s’inquiétait sans doute de l’étendue de la réforme.
« Ah oui. On dirait qu’il va y avoir un sacré changement. »
Regard incrédule de Gabs. Puis le soulagement qui se peint sur son visage.
« Tu n’as pas entendu ce qu’il a dit. Tu ne devineras jamais. »
Elle avait éveillé ma curiosité. Quelle ignominieuse déclaration avait-il donc faite ?
« Voici ce qu’a dit cet homme, qui se fait un souci monstre pour les niveaux d’éducation dans le pays, à un journaliste : « There will be less examinations (il y aura moins d’examens). »
Elle attendait visiblement une réaction de ma part. Quelque chose n’allait pas avec ce qu’il avait dit. J’ai prudemment avancé le commentaire suivant :
« C’est grotesque. Déjà qu’il n’y en a pas assez ! »
C’est là que j’ai perdu le respect d’une amie très chère. Elle voulait bien entendu parler de l’utilisation erronée de less suivi d’examinations . Less ne peut être utilisé que suivi de noms massifs tandis que dans ce cas, il est suivi d’un pluriel. La formulation correcte aurait dû être fewer examinations. C’est une erreur de grammaire qui devient de plus en plus courante dans la langue écrite et parlée, et même dans des journaux dits « sérieux » comme le Guardian.
On a tendance à penser que les personnes qui s’offusquent de telles erreurs sont tout simplement pédantes. C’est complètement faux ! La grammaire est centrale au langage. Elle s’insinue partout et permet d’associer idées et concepts. Classez la grammaire au rang d’accessoire et vous mettez en danger votre capacité à communiquer avec efficacité. C’est pour cela que des personnes comme Gabrielle s’irritent lorsque des personnes comme Mike Tomlinson (qui, je suppose, a reçu un niveau élevé d’éducation) ne lui témoignent pas le respect qu’elle mérite.
L’autre énorme avantage offert par la grammaire, c’est que lorsqu’on la connaît bien, on peut jouer avec, la manipuler et lui faire faire des contorsions quand cela nous convient. On peut ainsi donner une toute autre saveur à ce qu’on dit. Si on veut respecter la grammaire, on ne devrait jamais commencer une phrase avec mais. Mais ce faisant, on peut créer un effet discordant susceptible d’attirer l’attention du lecteur sur ce qu’on dit. Une phrase n’est pas une phrase sans un verbe, et Microsoft Word l’affublera d’un zig-zag vert si vous vous entêtez à vous passer de ce Maître des Cérémonies langagières. Sans aucun doute. Cependant, défier parfois les règles de grammaire peut être nécessaire pour ramener à soi un lecteur à l’attention déficiente. Connais ta grammaire et tu pourras l’amadouer pour qu’elle t’aide à mieux t’exprimer. Après tout, c’est l’objectif du langage.