Pour bien traduire un document, il ne suffit pas d’en conserver le sens. Il est absolument crucial de prêter attention à son niveau de langue pour garantir qu’on emploie le bon ton. Cet aspect fait partie intégrante d’un texte et de son message.
Hier, j’ai traduit une lettre personnelle rédigée par un Américain d’environ soixante ans à des amis français. La lettre était très bien écrite, affectueuse et formelle et donnait des nouvelles des membres de sa famille. Elle comprenait la phrase suivante :
Mary and I are well and we are having a good time.
Simple à traduire, non ? Pas tout à fait. La première phrase qui m’est venue à l’esprit était plutôt littérale : « Mary et moi allons bien et nous nous amusons bien. » La première portion de phrase étant trop plate par rapport au reste de la lettre, je l’ai remplacée par « Mary et moi nous portons bien », qui représente un niveau de langue plus soutenu. « Nous nous amusons bien » ne collait pas non plus ; en effet, c’est une expression trop familière dans un contexte de niveau de langue élevé. Il s’agit d’un couple à la retraite, donc il ne voulait pas dire « On sort tous les soirs et on fait la fête sans arrêt » mais plutôt « Nous menons une vie agréable ». Par conséquent, non seulement « Nous nous amusons bien » appartenait à un registre inférieur au reste de la traduction, mais il ne reflétait pas précisément la signification du document source.
Après mûre réflexion, j’ai fini par adopter : « Mary et moi nous portons bien et coulons des jours heureux », phrase plus élaborée et plus précise, qui me semblait de bon ton et plus appropriée au niveau de langue susceptible d’être utilisé par un couple de retraités en français.