Je suis de retour. Je vous avais promis des anecdotes, voici donc deux incidents qui illustrent le phénomène bien connu de l’invasion des mots anglais dans le vocabulaire français.
Coordinatrice : « Please write your ideas on the flip-chart. »
Céline : « Veuillez noter vos idées sur le… le… »
Comment dit-on flip-chart en français ?? Restons calme, restons calme.
« Le… le… »
19 paires d’yeux sont braquées sur moi. Je sens des gouttes de sueur couler lentement sur mon front moite.
« Le… le… »
« TABLEAU DE CONFÉRENCE ! » Le soulagement me l’a fait dire un peu trop fort. Je suis sûre d’entendre, au loin, la foule applaudir et scander mon nom.
Client français : « Tableau de conférence? C’est marrant, nous on dit paperboard. »
Je vous jure, la prochaine fois que je cale sur un mot français, je me contenterai d’inventer un terme anglais ridicule plutôt que de risquer de me faire une entorse au cerveau.
Un peu plus tard, j’aide les partenaire français à finaliser des documents que j’ai traduits.
« On aime pas trop intendance environnementale pour traduire environmental stewardship. On préfère écomanagement. »
« Écomanagement ? D’accord, très bien, » parvins-je à balbutier malgré la détresse qui m’étreint, alors que j’ai envie de gémir : « Il est pas bien mon intendance environnementale ? C’est pas deux mots magnifiques (avec plein de syllabes, en plus !) ? »
C’est fou, je suis payée pour transformer des textes anglais en documents français et on me dit que le résultat final est trop français. Je pense que ces deux exemples sont révélateurs d’une réelle tendance à incorporer de plus en plus de mots anglais au vocabulaire français, surtout dans un contexte commercial. On peut affirmer sans trop prendre de risques que les pays anglophones ont une influence énorme sur l’économie mondiale et le développement de nouvelles technologies. Les autres pays empruntent souvent leurs mots (scanner, internet, etc.) pour ne pas se faire lâcher ou tout simplement par facilité.
Cela ne me dérange pas le moins du monde ; toutes les langues évoluent constamment et essayer de changer cela ne rimerait à rien. Cependant, il peut être difficile de deviner ce qu’un client jugera acceptable ou non. Je pense que mon client a sans doute utilisé paperboard parce que c’est le nom écrit sur les tableaux de conférence qu’il utilise au travail. En ce qui concerne écomanagement, je pense que c’est autre chose : management est un terme à la mode en français, il fait « professionnel », dynamique et ils essayaient sans doute d’apporter une touche de prestige à leurs activités. Nous travaillions sur des documents devant être distribués à des élus locaux et à des clients potentiels, ils voulaient « vendre » quelque chose (des appareils et programmes pour réduire la consommation d’énergie), et considéraient sans doute le dynamisme de management comme un atout pour convaincre. Un client plus axé sur le travail lui-même (la protection de l’environnement) n’aurait sans doute pas rejeté le plus modeste intendance environnementale. Comme toujours, le contexte dicte tout.