Hier soir, je bavardais avec un agent de police d’origine asiatique et on en est venus à discuter des accents. Il m’a dit qu’au travail, il était très conscient de son accent asiatique et prenait grand soin d’adopter un accent britannique standard pour ne pas aliéner les personnes à qui il parlait (en majorité des personnes d’origine caucasienne). Selon lui, parler avec un accent « étranger » pouvait créer une barrière entre lui et son interlocuteur et affecter l’efficacité de son travail.
J’ai tout de suite compris ce qu’il voulait dire ; je suis bien placée pour savoir que la façon dont on parle a une influence sur les relations au travail. Quand j’interprète, je me force à déguiser mon accent du sud-ouest et à parler avec un accent neutre, « parisien ». Je pense que le travail d’une interprète consiste à faire passer des messages aussi fidèlement et objectivement que possible et à ne pas attirer l’attention sur soi. Parler avec un accent marqué ne manque jamais de distraire les gens : ils se concentrent sur la manière dont vous parlez au détriment des informations que vous essayez de communiquer. Quand une voyelle échappe à mon contrôle, je remarque sans faillir que la personne à laquelle je suis en train de parler réagit avec un petit sourire ; je sais alors qu’elle est sans doute en train de se demander d’où je viens dans le sud au lieu de se concentrer sur ce que je suis en train de lui dire.