Hier, j’ai refusé un gros projet (environ 75 000 mots) offert par une cliente agréable, sérieuse et fiable qui ne rechigne jamais devant mes tarifs.
J’ai longuement hésité à l’accepter ou non. C’était un document sur les évaluations psychométriques, avec des chapitres alléchants du style « Qu’est-ce que la personnalité » abordant les différentes approches de la personnalité, etc. C’est un domaine qui m’est en fait familier, vu que je l’ai longuement étudié durant mes cours de philosophie en Hypokhâgne, et je le trouve passionnant.
Cependant, dix ans ont passé et je n’ai jamais fait de traduction dans ce domaine. J’ai essayé de voir s’il me serait possible de passer un ou deux jours à lire des articles pour essayer de me rafraîchir la mémoire, mais j’ai rencontré un obstacle de taille. Le vocabulaire utilisé a été développé tout spécifiquement pour exprimer les concepts des diverses théories, et je n’étais pas certaine de connaître les équivalents en français de « ego », « self », « Id », etc. Ces distinctions étant cruciales, j’ai dit non à ma cliente.
Il peut être difficile de faire la distinction entre posséder une solide connaissance d’un sujet et être une « spécialiste » de ce même sujet. Pour moi, la différence réside dans l’intimité qu’on possède avec le jargon utilisé, qui peut former une vraie langue. Quand j’ai démarré comme traductrice, je pensais que la formation d’un an que j’avais suivie pour devenir interprète juridique me permettait de faire des traductions juridiques. Pleine de naïveté et d’enthousiasme pour ma nouvelle carrière, j’ai accepté de faire deux traductions légales, convaincue de mon bon droit, avant de voir, horrifiée, que je ne comprenais rien aux documents, alors les traduire… J’ai dû passer deux coups de fils plutôt confus à des clients pas vraiment amusés. Ce n’est pas une situation que je recommande, mais quand on démarre avec peu ou pas d’aide, il est presque inévitable de faire de telles erreurs.