Demain, je pars en France et j’y resterai jusqu’à mardi. Je n’y vais pas en vacances. En fait, j’emmène un ordinateur portable, vu que je suis toujours en train de travailler sur mon projet de 45 000 mots et que j’ai la ferme intention de travailler le matin. Je vais en France pour rafraîchir mon français.
Les traducteurs vivant à l’étranger devraient prendre le temps de rentrer dans leur pays d’origine, pour s’immerger à nouveau dans leur langue natale. Bien sûr, c’est facile pour moi, je n’ai que la Manche à traverser. Mais je pense que cela ne peut être que bénéfique. L’un des plus grands dangers qui me menacent, et dont je suis très consciente, c’est de perdre peu à peu contact avec le français, ce qui pourrait très facilement se produire si je ne faisais pas l’effort quotidien d’échapper un peu à mon environnement anglais. Je ne veux pas finir par parler deux langues bancales, mais c’est un risque bien réel quand on choisit de faire sa vie dans une culture différente de la sienne. Je ne crains pas de me lever un matin et de me rendre compte que je ne comprends plus ma mère au téléphone, mais si je m’abstiens de lire ou de parler en français pendant de longues périodes, je note un affaiblissement de mon français parlé ; mon vocabulaire s’appauvrit et j’ai tendance à utiliser des structures grammaticales anglaises.
Je mène donc un combat quotidien contre l’érosion de mon français. En plus de garder un contact régulier avec ma famille et mes amis, je :
· lis des romans français et Le Nouvel Observateur, ce qui me permet de non seulement lire des articles bien écrits mais également de savoir ce qui se passe en France.
· me rends sur de nombreux sites Web français ; les blogs français sont excellents pour rester au fait des expressions à la mode. J’ai même essayé de passer un moment dans les salons de chat d’adolescents pour mieux connaître le parler “cool” (des jeunes), mais je n’ai pas tenu longtemps. Je suis peut-être vieux jeu, mais j’ai du mal à supporter le jargon des textos ailleurs que sur les portables.
· Finalement, la radio de la cuisine est bloquée sur Europe 1, ce qui agace au plus haut point l’objet de mon affection.
Pour conclure, mon travail de traductrice ne se limite pas à huit heures par jour passées devant l’écran de mon ordinateur. Si je veux continuer à fournir des traductions de qualité à mes clients, cela ne suffit pas. Il est impératif que j’affûte en permanence mon outil de travail.