Tony Blair : “I stand by the totality of what I said at that time.”
Ce choix lexical du premier ministre britannique en a fait la risée de ses opposants politiques, qui se sont empressés de l’accuser de jouer sur les mots en réponse aux questions qui lui étaient posées sur la mort du Dr Kelly.
Dimanche matin, un commentateur de Radio 4 affirmait que Tony Blair avait choisi ce mot car on l’utilise souvent dans un contexte mathématique. En choisissant ce mot-là et non pas whole, qui est plus courant et prend ses racines dans l’ancien anglais hole, le premier ministre essayait de créer une espèce d’“aura logique” autour de son argumentation. Il espérait ainsi gagner en crédibilité. Il n’a réussi qu’à provoquer la fureur des Conservateurs, qui se sont par la suite amusés à répéter ce totality au sein de phrases toujours plus ridicules.
À mon avis, il est sans doute vrai que Tony Blair essayait de rendre ses arguments plus convaincants en choisissant un mot moins courant que d’autres, qui auraient tout aussi bien pu communiquer le même message.
Cependant, j’aimerais aller plus loin et avancer l’idée qu’il s’agit d’une réaction généralisée des anglophones face aux mots d’origine latine. Je pense qu’il est vrai que les anglophones se sentent plus à l’aise avec les mots d’origine anglo-saxonne que latine (qu’ils viennent directement du latin ou du normand). À l’école, on nous disait toujours que pour communiquer au mieux avec les Anglais, il fallait essayer d’utiliser autant de mots d’origine germanique que possible (et leur offrir plein de tasses de thé). Cependant, ma première langue étant une langue latine, il n’est pas étonnant que j’aie tendance à utiliser plus de mots d’origine latine que l’anglophone moyen, qui préfère les mots d’origine germanique.
Quand je veux exprimer un concept, il est possible que j’utilise commence (du mot latin comminitiare) plutôt que begin (du vieil anglais beginnan) ou que je vienne à l’aid de quelqu’un (du latin adjutare) plutôt qu’à leur help (du vieil anglais helpen), car c’est le premier mot qui me vient à l’esprit. L’utilisation de tels mots m’a souvent valu de me faire moquer de moi (gentiment) et de me faire traiter de prétentieuse qui essaie d’impressionner tout le monde avec ses grands mots. Cette réaction soutient ma théorie qu’en général, les anglophones sont plus à l’aise avec les mots d’origine germanique.
Je pense que la même chose est arrivée à Tony Blair. Je devrais lui envoyer un petit message de réconfort ; entre amoureux de mots latins, ce serait la moindre des choses.
Pour les amoureux des statistiques, cette fois, voici la proportion de mots anglais d’origine française, latine ou germanique :
· Latin, dont latin scientifique et moderne : 28,24%
· Français, dont le vieux français : 28,3%
· Vieil et moyen anglais, ancien normand et hollandais : 25%