asterix
Le dernier opus d’Astérix est sorti lors de mon récent séjour à Bruxelles ; j’ai donc pu acheter le trente-troisième album en français (Le ciel lui tombe sur la tête) et en anglais (Asterix and the falling sky). Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas le petit Gaulois, tous ses albums sont bourrés de jeux de mots, de calembours, de blagues et de références culturelles ; les adapter pour un public anglophone relève donc de l’exploit. Anthea Bell et Derek Hockridge, chargés de la traduction en anglais, font toujours un travail extraordinaire, et lire Astérix en anglais, pour une traductrice française, est un vrai bonheur.
Le British Council website on literary translation propose un article d’Anthea Bell fort intéressant : elle y explique comment elle résout toutes les difficultés rencontrées lorsqu’on traduit Astérix. Elle nous confie : « la traduction du texte, pour être fidèle à l’esprit de l’original, doit se libérer de la lettre, et cela plus qu’à l’habitude. (…) Souvent, se contenter de traduire ne suffit pas, il faut procéder à une adaptation. »
On pourrait dire que c’est toujours le cas, quoiqu’on traduise. Je me force toujours à « oublier » la façon dont le texte original est formulé pour produire un document qui sonne « vraiment » français, et dans le cadre du sous-titrage, l’adaptation est un passage obligé. Voici un exemple du type de liberté qu’elle et son collaborateur prennent, qui montre bien la symbiose qui existe entre eux et l’œuvre sur laquelle ils travaillent.
Obélix, qui regarde le superclone (un personnage de style Superman) voler, dit :
Obélix : Moi, un peu de potion magique et j’en fais autant.
Clone : *&()&&)&)*&
Obélix : Qu’est-ce qu’il dit?
ET : Il dit que vous ressemblez à un gros clone.
Obélix : QUOI ?
Regardez un peu la traduction :
Obelix: I could do that too if I had a drop of magic potion. (Moi, un peu de potion magique et j’en fais autant)
Clone: *&()&&)&)*&
Obelix: What’s he saying? (Qu’est-ce qu’il dit ?)
ET: He only said « FAT chance! » (« Fat chance » est une expression qui veut dire « Ça m’étonnerait ! », mais ce qui compte ici, c’est que « fat » = « gros » ; le clone prononce donc le mot interdit en présence d’Obélix l’hyper-sensible.)
Obelix: WHAT WAS THAT? (Quoi ?)
Ils ajoutent un jeu de mots qui n’est pas là dans l’original, ce qui marche à merveille, car il joue de façon très subtile et révélatrice sur l’insécurité bien connue d’Obélix à l’égard de son embonpoint.
Anthea Bell a traduit un grand nombre d’autres œuvres, et a remporté trois prix Schlegel-Tieck (pour la traduction de l’allemand à l’anglais) ainsi que le prix allemand Wolff et le prix Independent Foreign Fiction.