Par Ricard Giner
Vous avez remarqué que les gens mélangent « accent » et « prononciation » ? Ou suis-je le seul à penser qu’il s’agit de deux termes bien distincts ? Laissez-moi m’expliquer. En parlant d’une personne qui n’est pas de langue maternelle, disons, française, mais maîtrise bien cette langue à l’oral, on dit souvent qu’elle a « un bon accent français ». Cette réaction courante mélange et brouille deux phénomènes bien distincts, à qui, par souci de clarté, il vaut mieux attribuer des termes différents. Les candidats les plus prometteurs sont « accent » et « prononciation ».
En fait, ce qu’on veut dire, c’est que la personne en question prononce bien le français. « Un bon accent français » se trouve chez une personne qui parle en utilisant des particularités vocales propres à la langue française lorsqu’elle s’exprime dans une autre langue. C’est ce que font les acteurs et actrices, par exemple. En fait, il s’agit de deux phénomènes linguistiques différents : l’un surgit lorsqu’on adopte les inflexions et les particularités audibles spécifiques à une langue en la parlant. J’appelle cela la prononciation, et elle peut être bonne ou mauvaise, correcte ou incorrecte, ou appartenir à une variation ou dialecte régional. L’autre, que j’appelle « accent », se produit lorsque les inflexions et les particularités audibles qui caractérisent une langue sont plaquées sur une autre langue. Ainsi, quelqu’un peut parler anglais avec un accent français, ou français avec un accent anglais. En revanche, on ne peut pas parler français avec un accent français ou anglais avec un accent anglais.
Tout cela est encore compliqué par le fait qu’on peut bien entendu parler ces langues avec des accents régionaux, ce qui semble contredire mon argument qui veut que la prononciation soit un phénomène restreint à une seule langue, tandis que l’accent associe les particularités d’une langue à une autre. Il me semble qu’on peut mettre les dialectes dans une catégorie à part, théâtre de la transformation de la prononciation en accent. Peut-être que dans ce cas, lorsqu’une quantité suffisante de phonèmes sont prononcés différemment, on obtient un accent. Mais cette question de régionalisme ne change rien au fait que l’accent et la prononciation ont des significations bien distinctes dans le contexte de l’« autre » linguistique.
Pour compliquer encore les choses, l’étymologie de ces deux mots ne vient pas à ma rescousse, et j’en suis réduit à me sentir irrité chaque fois qu’on manque à faire la distinction entre ces deux concepts. Le mot « accent » (si l’on en croit cet excellent site Web consacré à l’étymologie) a fait son apparition dans la langue anglaise en 1538, et il signifiait « mode particulier de prononciation », du latin accentus- « intonation », de ad- « à » + cantus « chant », pp de canere « chanter ». Quant à prononciation , qui remonte à 1430 en anglais, sa définition nous dit qu’il s’agit de la « façon dont on prononce un mot ». On n’en sait donc pas plus.
J’ai deux motivations : (1) présenter une raison pragmatique de faire une distinction sémantique claire entre les mots « accent » et « prononciation », et (2) voir ce qu’en pensent les autres.