Par Jemima Kingsley

Êtes-vous en couple ? L’appelez-vous votre femme, votre copine, votre moitié ? Ou bien votre partenaire, votre homme, votre chéri, votre époux ? Êtes-vous marié(e) ? Dans quelle mesure votre statut légal détermine-t-il la façon dont vous définissez votre relation amoureuse ? Dans quelle mesure le langage que vous utilisez contribue-t-il à la définir ?
En décembre, le vocabulaire et le statut légal potentiels offerts aux couples homosexuels habitant au Royaume-Uni vont changer avec l’arrivée du partenariat civil. Cette nouvelle loi permet aux gays et lesbiennes de se marier, malgré l’absence de toute mention du mot « mariage ». Ce choix de terminologie me pousse à me poser des questions sur l’importance du langage dans le cadre du mariage.
Par exemple, saviez-vous que le partenariat civil offre les mêmes droits et incidences juridiques que le mariage ? La plupart des gens à qui j’en ai parlé l’ignorent. Pour moi, il est évident qu’on lui a donné le nom de « partenariat civil » pour éviter les connotations religieuses du mot « mariage » (l’une des rares différences entre le partenariat civil et le mariage étant qu’on n’a pas le droit d’organiser une cérémonie accompagnant la signature du partenariat civil dans un lieu religieux), mais ce choix de terme fait qu’il est difficile de communiquer la légitimité des partenariats. Les nouveaux termes proposés n’offrent aucun des raccourcis offerts par le langage du mariage ; tant que la réalité de ce qu’est un partenariat civil n’est pas établie, je pense qu’il est peu probable qu’on lui confère le même respect qu’au mariage. Alors, que faire ?
« Je me marie ! »
Les couples homosexuels pourraient tout simplement se passer des termes juridiques et plaquer les termes associés au mariage sur leurs partenariats civils. C’est un code bien pratique. On pourrait inviter ses amis et sa famille à son mariage, avoir une liste chez les Galeries Lafayette, les pères des mariées pourraient donner la main de leurs filles. Elles pourraient être des épouses. Elles pourraient avoir des épouses. Bien entendu, certains gays et lesbiennes utilisent déjà les termes « femme » et « mari » pour indiquer que leur relation est durable, et ont réussi à mieux se faire accepter en utilisant un langage familier de tous.
Il me semble cependant que le langage associé au mariage fait penser aux traditions liées à cette institution, en particulier dans le contexte de la cérémonie du mariage, avec ses modèles liés au rôle de l’homme et de la femme et ses éléments religieux, qui sont en porte-à-faux avec la réalité des relations homosexuelles. Bien entendu, si la loi avait donné le nom de « mariage » aux partenariats civils, les gays et lesbiennes auraient pu contribuer à redéfinir cette institution pour l’ensemble de la société. Cependant, c’est exactement cela que la loi tente d’éviter par son choix terminologique, et nous devons accepter que les liens entre mariage et religion font que c’est un concept difficile à manipuler. C’est pour cela qu’à mon avis, il est inutile d’utiliser des termes que les gays et lesbiennes ne peuvent pas s’approprier, sans même parler des réactions adverses qu’on risque de susciter.
« Pardon maman, pardon papa, je ne me marie pas. Par contre, je vais acquérir un partenaire civil ! »
Cependant, le langage associé au partenariat civil est terriblement formel ; il évoque les aspects juridiques de cette nouvelle institution, pas son aspect humain et émotionnel. Il me fait penser à l’impôt sur l’héritage et aux droits en matière de logement (qui sont importants), mais pas à deux personnes affrontant main dans la main les tempêtes de la vie. À nouveau, il s’agit d’un choix délibéré porteur d’opportunité. Personne ne sait encore à quoi ressembleront les partenariats civils et comment ils fonctionneront. Personne n’a déterminé une « marche à suivre » pour le partenariat. Avec un peu d’imagination, les prochaines années pourraient se révéler extrêmement enthousiasmantes et voir émerger de nouvelles définitions pour les relations et partenariats qui s’inscrivent en dehors des mécanismes traditionnels du mariage. Je ne pense pas que les relations elles-mêmes seront entièrement redéfinies (je ne pense pas qu’on arrêtera de vivre ensemble et d’avoir des chats), mais cet engagement qu’on prend envers une autre personne fera sans doute l’objet d’une profonde réflexion quant aux choses qui comptent vraiment. Qui devrait-on inviter à la cérémonie, où devrait-elle se tenir, que devrait-on y dire, et comment la mener du mieux possible ? Comment cet engagement change-t-il la manière dont on est perçu par ses amis et sa famille, et même la société dans son ensemble ? C’est une réelle chance, que de nombreuses personnes hétérosexuelles nous envient sans doute.
C’est une bonne nouvelle, mais cela ne résout pas les questions liées au langage. Une fois la cérémonie terminée, comment appeler son/sa partenaire civil(e) ? On pourrait l’appeler « mon/ma partenaire civil(e) », mais ça ne sonne pas très bien, on y est beaucoup moins habitué qu’à « mari » ou « femme ». On pourrait utiliser « mari » ou « femme », mais pourquoi emprunter ces termes inexacts quand on a contracté une relation aussi valide que le mariage du point de vue juridique ? On pourrait utiliser époux/épouse, qui ne me déplaisent pas, malgré leur côté un peu formel (les implications juridiques sont mêmes utiles). On pourrait aussi utiliser « partenaire » en toute légitimité. « Partenaire » pourrait même être le choix idéal s’il y avait moyen de différencier son statut légal de l’éventail de contextes dans lequel ce mot s’emploie : partenaire commercial, petit(e) ami(e) du sexe opposé, et petit(e) ami(e) du même sexe. Il ne fait aucun doute que les significations peuvent évoluer ; il est donc possible que le mot « partenaire » connaisse un glissement l’associant plus étroitement aux partenariats civils, tout comme « gay », en anglais, est dorénavant rarement utilisé pour qualifier quelqu’un qui est content. Avec un peu de temps, en fait, « partenariat civil » pourrait même devenir quelque chose de romantique, excitant et durable, au même titre que le mariage.
Quoi qu’il en soit, il est certain que le langage va évoluer au fil des nouvelles situations légales. Les lesbiennes et les gays qui formalisent leur relation grâce au partenariat civil pourront ou bien redéfinir des termes existants (mariage, mari, etc.) ou ajouter une nouvelle signification à une gamme de termes qui sont actuellement trop formels (partenariat civil, épouse) ou ambigus (partenaire).
Permettez-moi d’être curieuse : lequel de ces termes vous et votre partenaire/mari/femme préférez-vous ? Quoi qu’il en soit, c’est le moment ou jamais de choisir.