J’aime beaucoup éditer les traductions de collègues, car cela me permet de partir à la chasse aux coquilles et autres erreurs grammaticales et d’améliorer le style d’un texte, ce qui est facilité par le fait que je n’ai pas déjà passé des heures sur le document. Plus je passe de temps à travailler sur une traduction, plus j’ai du mal à prendre du recul et à l’analyser avec froideur et objectivité. C’est la raison pour laquelle j’essaie, autant que possible, de laisser s’écouler une journée entre l’avant-dernière et la dernière relecture d’une traduction, que j’effectue juste avant de l’envoyer. L’édition me permet également de découvrir les techniques d’autres personnes face à certains problèmes de traduction, ce qui m’aide à améliorer mes propres procédés et mon style.
Cependant, si je peux donner un conseil aux collègues débutant(e)s (et confirmé(e)s !), c’est le suivant : n’acceptez jamais d’éditer un texte sans vous être assuré(e) que la traduction est décente. Le travail d’une éditrice consiste à améliorer une traduction, pas à la refaire.
On m’a récemment offert d’éditer un document. J’ai jeté un coup d’œil aux deux premières pages, qui me semblaient convenables ; je ne suis donc pas allée jusqu’au bout, et j’ai accepté le travail. Malheureusement, je me suis rendu compte au bout de quelques pages que la traduction était de mauvaise qualité et complètement littérale. À ceci venait s’ajouter le fait que le texte anglais était très mal écrit. On pourrait dire qu’en tant que traductrice, mon devoir est de rester aussi fidèle au texte que possible ; si le document source est mal rédigé, la traduction devrait refléter cet état de fait. Je ne souscris pas à ce point de vue : mon travail consiste à produire des documents châtiés, d’un standard élevé et qui pourraient passer pour des originaux. Si un document source est mal rédigé, ce n’est pas parce qu’on voulait qu’il le soit mais parce que quelqu’un, à un moment donné, a mal fait son travail.
Mon dilemme était le suivant : ma cliente et moi avions convenu d’une certaine échéance (je facture ce type de tâche à l’heure, vu que le nombre de mots n’est pas un critère précis) mais je savais maintenant que j’étais incapable de la respecter. J’ai eu de la chance : ma cliente s’est montrée très compréhensive et a accepté de modifier les termes de notre contrat.