J’ai appris un nouveau mot pendant les vacances dans le cadre de « l’affaire » David Blunkett. On l’a à plusieurs reprises accusé de se comporter avec hubris. Ce mot d’origine grecque est un des concepts clés de la tragédie grecque : il traduit l’attitude d’un personnage qui pense être au-dessus des Dieux et se conduit avec une arrogance extrême. Œdipe (qui ne cessait de contredire les Dieux et l’oracle de Delphes) et Antigone (qui tenait absolument à enterrer son frère, alors que les autorités religieuses et politiques avaient décrété qu’il devait rester où il était) sont des exemples célèbres de personnes se comportant avec hubris, ou orgueil démesuré. Cette attitude mène à leur destruction. Selon Aldous Huxley, « Les Grecs savaient parfaitement que l’hubris, qui s’oppose à l’ordre divin de la nature, entraîne un juste retour des choses. »
Qu’a donc fait David Blunkett, l’ancien ministre de l’Intérieur britannique, pour se retrouver en cette illustre compagnie ? Il a abusé de sa position pour aider la nounou de sa maîtresse à obtenir un visa et a ensuite dû démissionner suite au scandale que cela a causé. Même les esprits les plus enflammés auraient du mal à comparer cette situation à celle d’un héros grec.
Les commentaires dans la presse française ont été très intéressants. Tous les articles que j’ai lus s’accordaient sur un point : si cela s’était produit en France, personne n’y aurait vu à redire. Selon Libération, il s’agit d' »une pure comédie «people», comme seule la Grande-Bretagne sait en concocter. Un drame personnel qui s’est transformé en affaire d’Etat, au nom de trois ou quatre fautes de conduite qui ne feraient pas une brève en France ».
Alors, s’agit-il vraiment d’une tragédie grecque ? Je dois avouer que loin d’Antigone, c’est plutôt « Les feux de l’amour » qui me vient à l’esprit…