Ces jours-ci, l’importance du langage utilisé dans l’arène politique est plus évidente que jamais. Impossible d’écouter une émission de radio ou de télévision française sans entendre les mots « racaille » et « kärcher », utilisés en juin par Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Intérieur français, dans le cadre des problèmes dans les banlieues.
Ces commentaires ont été applaudis par une partie de la population, qui apprécie le style direct de M. Sarkozy. Pourquoi, après tout, ne pourrait-il pas se servir du langage que tout le monde utilise ? On sait bien qu’il y a d’énormes problèmes dans les banlieues, où le chômage et les trafiquants de drogue font des ravages. Pourquoi ne pas appeler un chat un chat ?
Pour moi, le point principal est que certains mots n’ont pas la même valeur ou dimension dans toutes les bouches. Je trouverais normal d’entendre une personne dans un café utiliser des termes simplistes et émotionnels pour parler d’un problème dont elle a sans doute une vision simpliste et émotionnelle. Cependant, entendre l’un des hommes à la tête de votre pays (et qui ne cache pas ses intentions de devenir un jour président) exploiter un tel registre est une autre paire de manches. C’est un homme intelligent, élu pour gouverner un pays de 60 millions d’habitants. Je sais bien qu’il est de droite, et son choix lexical reflète sans doute ses croyances profondes et celles des personnes qui ont voté pour lui. Cependant, vu le rôle qui est le sien, on pourrait s’attendre à ce qu’il soit capable d’utiliser un langage visant à calmer le jeu, plutôt que d’envenimer la situation en exprimant son dégoût et son mépris envers une partie de la population à travers des mots aussi insultants.
Dans ce contexte épineux, il est crucial de bien choisir ses mots. Un langage simpliste, émotionnel, sans concessions semble n’avoir réussi qu’à envenimer la situation en exacerbant la frustration, non seulement des personnes visées, mais également des banlieusards respectueux des lois qui, sans le mériter, se retrouvent dans le même sac que la racaille. Il sera intéressant de voir dans l’immédiat comment le gouvernement va régler cette crise, et au plus long terme, si le langage choisi par Sarkozy aura un impact sur ses ambitions politiques.
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