Suis-je plus proche culturellement de la France ou de l’Angleterre, et comment cet état de fait influence-t-il mon travail ? C’est une question difficile, car j’ai une connaissance intime des deux cultures et me sens chez moi dans les deux pays. En fait, cela fait tellement longtemps que je vis ici que je me sens souvent plus proche de l’Angleterre, en particulier au niveau de la culture populaire ; lorsque je rentre en France, tant de nouveaux visages peuplent le PAF que je me sens un peu perdue. Cependant, je me suis sentie très française ce week-end pendant cinq bonnes minutes.
Samedi, je déjeunais dans un café français quand j’ai soudain réalisé qu’ils passaient « Laissez-moi danser », de Dalida. J’ai regardé autour de moi et j’ai presque été étonnée de ne pas pouvoir partager un sourire complice avec un(e) autre client(e). Dalida était extrêmement populaire en France dans les années 60 et 70 et a acquis le statut d’icône de la scène musicale en France, au même titre que, par exemple, Claude François. Bien qu’elle soit devenue complètement démodée au moment de mon adolescence, la plupart de ses chansons me sont familières et je me suis surprise à fredonner avec entrain.
Cela a lancé une conversation avec mes amies qui m’a fait réfléchir aux références culturelles qui nous semblent souvent évidentes. Il m’arrive de me retrouver sur la touche d’une discussion entre mes amis sur d’anciens programmes télé, les bonbons de leur enfance et des chanteurs dont le succès s’est limité au Royaume-Uni.
Actuellement, bien que je suive de près ce qui se passe en France, je suis beaucoup plus au fait de la vie culturelle et politique anglaise. Je pense qu’avoir vécu en Angleterre si longtemps me permet de mieux faire mon travail, car je suis capable de saisir les moindres nuances d’un document en anglais, ce qui serait plus difficile si je devais compter sur quelques courtes visites pour connaître ce pays. À mon avis, les informations qui m’échappent sont complètement superficielles et en grande partie liées à une culture populaire éphémère. Mon plus grand souci est d’empêcher l’anglais de parasiter mon français.
Alors, suis-je plus proche de l’Angleterre ou de la France ? J’aurais bien du mal à choisir mon camp, et cela me va très bien. En fait, après mon croque-monsieur samedi, je n’ai pas pu résister à l’envie de commander une tasse de thé. Elle était délicieuse.