Pour être traductrice, il ne suffit pas de savoir passer d’une langue à l’autre. Comme j’y fais parfois allusion dans ce blog, cette carrière nécessite d’autres compétences : sens des négociations et des affaires, entre autres. Quand on débute, par exemple, ou qu’une agence vous contacte en vous promettant un contrat juteux, il peut être tentant de tout faire pour obtenir un projet. Mes quelques années d’expérience me disent qu’il est crucial de réfléchir à deux fois avant d’accepter n’importe quoi, et vous pouvez trouver quelques principes ci-dessous. Cette liste s’inspire sans vergogne de l’article Top 10 Lies told to Naive Artists and Designers de Mark W. Lewis (via lifehacker), elle est intitulée 10 situations pas commodes dans lesquelles une traductrice risque de se retrouver et comment s’en sortir.
1. « On a un énorme document qui arrive la semaine prochaine. Veillez à ne pas prendre en charge d’autres projets en attendant. »
Si vous n’avez pas reçu de bon de commande précisant échéances, nombre de mots et tarif, ne refusez surtout pas du travail entre-temps. Beaucoup de projets prennent du retard ou sont même annulés, et vous pourriez bien regretter d’avoir dit non à d’autres clients.
2. « Vous devez faire un test gratuit avant qu’on vous donne du travail. »
Si vous avez de l’expérience et des diplômes (et, cerise sur le gâteau, des références), ceci démontre que vous êtes une traductrice éprouvée qui mérite qu’on lui fasse confiance. Si vous débutez, attention ! Certaines agences sans scrupules utilisent ces soi-disant « tests », qui sont en fait différentes portions d’un même document, pour obtenir des traductions gratuites. Cependant, ne refusez pas systématiquement tous les tests. J’ai accepté d’en faire un cette année parce que la personne qui m’a contactée avait une attitude extrêmement professionnelle, offrait des projets intéressants et n’a pas cherché à marchander. C’est maintenant une très bonne cliente. Dans ces cas-là, écoutez votre instinct.
3. « Nous avons un document tout simple de 2 000 mots à traduire, pourriez-vous nous envoyer la traduction demain ? »
Avant d’accepter, même au téléphone, de renvoyer une traduction à une certaine date, il est impératif d’étudier le document. Les 2 000 mots pourraient très bien se transformer en 20 000 mots (ça m’est arrivé) et le texte « tout simple » n’être compréhensible que pour des personnes ayant fait 8 ans d’études dans le domaine des sciences spatiales.
4. « Bonjour, ici l’agence X, vous n’avez jamais entendu parler de nous, on est super sympa, vous pouvez faire une traduction pour nous ? »
Peut-être. Tout d’abord, demandez ses coordonnées et faites une rapide vérification sur l’Internet pour voir si elle existe. Ensuite, utilisez une liste sur les pratiques de paiements pour les traducteurs pour demander à des collègues s’ils ont déjà travaillé pour cette agence. Enfin, écoutez vos instincts : le ton de l’email/de la conversation téléphonique vous plaît-il ? Précisent-ils leurs modes de travail ? Donnent-ils des détails sur le projet ?
5. « Baissez vos tarifs et nous vous enverrons des tonnes de travail. »
Aucun chef de projet digne de ce nom ne demanderait à une collègue de se dévaluer. Vous ne forcerez pas le respect en tant que traductrice en bradant vos compétences.
6. « Bonjour, on a un document de 5 000 mots à faire traduire, mais il contient beaucoup de noms de marques et de répétitions, on préférerait ne pas payer pour la traduction de ces mots. »
Pas de problème. Je n’inclurai pas ces mots dans ma traduction, il vous suffira de les rajouter au document après la livraison. Plus sérieusement, un texte est une entité et il n’est ni pratique ni juste de demander à une traductrice de ne pas compter certains mots parce qu’ils apparaissent plusieurs fois. Je dois toujours les taper et ils font partie intégrale des phrases où on les trouve. En plus de cela, il est possible que le mot can apparaisse plusieurs fois dans le document, mais juste parce que je l’ai traduit d’une certaine manière la première fois ne veut pas dire que je le traduirai de la même manière dans le reste du document.
7. « Vos tarifs sont élevés. Normalement, on paie nos traducteurs xxx. »
Les tarifs de mes collègues n’ont rien à voir avec les miens. Je propose un prix correct, qui me permet de vivre correctement et de continuer à travailler. Si je baissais mes tarifs, je devrais prendre un second emploi, ce qui aurait un impact négatif sur la qualité de mes traductions, ou changer carrément de carrière pour mieux gagner ma vie.
8. « Un bon de commande ? Ça ne se fait pas, chez nous. Vous ne nous faites pas confiance ? »
Les relations commerciales n’ont rien à voir avec des relations personnelles et doivent être règlementées de sorte que les deux parties se mettent d’accord sur des termes fondamentaux. Un bon de commande protège le client (vous avez signé un document indiquant quand et comment vous allez livrer votre traduction) autant que le traducteur (vous avez la preuve qu’on vous a engagé pour prendre en charge un projet précis en cas de problème ou retard de paiement).
9. « Notre relecteur a relu votre traduction et a trouvé beaucoup d’erreurs. Vous devez la refaire. »
Pourriez-vous m’envoyer la traduction avec les commentaires de votre relecteur ? Je suis à peu près certaine de vous avoir envoyé une traduction correcte et j’aimerais parler de tout problème rencontré durant la phase de relecture avant d’accepter de refaire la traduction.
10. « Nous ne pouvons pas vous payer parce que notre client n’a pas réglé notre facture. »
Ce problème ne me concerne pas. J’ai formé une relation commerciale avec vous, pas avec votre client. Si vous reconnaissez que j’ai livré une traduction de qualité dans les délais impartis, vous devez respecter les termes de notre accord et me payer.