Durant ma première pause-thé ce matin, je disais à un ami que dans mes conversations quotidiennes, je sous-exploite mon vocabulaire relativement vaste, qui m’est pourtant bien utile dans mon travail. J’ai tendance à utiliser sans arrêt les mêmes mots, par habitude, ce qui a un impact sur la précision et la richesse de mon discours. Au cours de la même conversation, il a utilisé un mot que je n’avais jamais entendu et qui illustre parfaitement ce que j’essayais de dire. Nous parlions d’œuvres d’art qui nous ont touchés par le passé, et comme il admire particulièrement Shakespeare, il m’a confié que la citation

To thine own self be true,
And it must follow, as the night the day,
Thou canst not then be false to any man.

Avant tout, sois loyal envers toi-même ;
et, aussi infailliblement que la nuit suit le jour,
tu ne pourras être déloyal envers personne.

est particulièrement apposite (pertinente) car en tant que parent, mari et ami, il est tellement tiraillé dans tous les sens qu’une règle d’une telle simplicité lui montre la voie à suivre.
Apposite m’a tout de suite plu. Bien qu’il s’agisse d’un synonyme direct de « pertinent », « apt », « well-adapted », etc., le fait qu’il est beaucoup moins courant lui confère une certaine profondeur qui a grandement enrichi et épaissi le propos de mon ami. J’ai également reconnu d’instinct l’origine latine d’apposite (ad- « proche » + ponere « poser »), qui en fait un mot très visuel : cette citation est tout près de lui, l’accompagne et le soutient. Je pense que si on utilise le langage de façon paresseuse, en piochant toujours dans le même réservoir de mots, on court le risque de miner le processus de verbalisation de nos pensées et émotions, et peut-être même d’éroder ce qu’il y a de plus unique en nous.
Ou peut-être que je suis d’humeur trop méditative aujourd’hui…