wargraves
La journée d’hier, le 11 novembre, a marqué le quatrième anniversaire de ce blog et, bien entendu, une occasion bien plus importante : la journée du souvenir, qui unit mes pays d’origine et d’adoption par le biais de leur histoire commune. Elle me rappelle toujours un passage de Birdsong, le roman de Sebastian Faulks, qui évoque avec une force extraordinaire le massacre que fut la première guerre mondiale. J’ai eu envie de le partager avec vous et d’essayer de le traduire, exercice que j’ai adoré. Le personnage principal, une Britannique du nom d’Elizabeth, se rend dans le nord de la France à la recherche du champ de bataille où son grand-père a perdu la vie. Alors qu’elle traverse la campagne déserte en voiture, elle remarque une immense arche dans un champ et décide d’aller y jeter un coup d’œil.

Arrivée près de l’arche, Elizabeth eut un sursaut de surprise : elle portait des inscriptions. Elle s’en approcha. Elle en examina la surface. Des noms. Le monument entier était couvert de noms britanniques. Leurs majuscules ciselées s’étendaient de ses chevilles au sommet de l’immense arche ; où que se porte son regard, sur toute la hauteur de chaque colonne, une foule de noms se pressait, se bousculait sur des mètres, des kilomètres, des lieues de pierre.
Elle passa sous l’arche, où se trouvait le balayeur. Elle vit que les autres colonnes étaient identiques à la première, leurs surfaces dentelées de noms gravés.

« Qui sont ces, ces… ? » Elle les désigna de la main.

« Eux ? » Demanda l’homme au balai, l’air surpris. « Les disparus. »

« Les hommes qui ont péri durant cette bataille ? »

« Non. Les disparus, ceux qu’on n’a jamais retrouvés. Les autres sont enterrés dans les cimetières. »

« Ceux-ci ne sont que les… manquants ? »

Elle regarda la voûte de l’arche, puis, saisie de panique, la liste de noms, infinie. On aurait dit que le ciel était couvert de notes de bas de page.

Quand elle put à nouveau parler, elle demanda : « Ce sont les soldats tombés pendant toute la guerre ? »

L’homme secoua la tête. « Juste dans ces champs. » Il embrassa le paysage d’un geste du bras.

Elizabeth contourna l’arche et alla s’asseoir sur ses marches. À ses pieds s’étendait un jardin formel composé de plusieurs rangées de pierres tombales blanches, toutes décorées d’une plante ou d’une fleur, toutes propres, magnifiques sous le blême soleil hivernal.

« On ne me l’avait jamais dit. » Elle passa des doigts aux ongles vernis de rouge dans son épaisse chevelure noire. « Mon Dieu, on ne me l’avait jamais dit. »