mop

Ce recoin de la blogosphère est plutôt calme, depuis quelque temps, non ? Le mois d’août a été un peu surchargé et maintenant que septembre est là, les choses commencent à se tasser. J’ai lu d’excellents ouvrages cet été et j’ai eu envie de partager avec vous les extraits suivants de L’élégance du hérisson, le beau roman de Muriel Barbery.

Son personnage principal, une concierge vieillissante, parle de sa fascination pour la langue et le respect qui, selon elle, devrait lui être dû. Je n’ai pas osé m’attaquer à la traduction en anglais de ces deux passages ; si l’aventure vous tente, je serai ravie d’en publier le fruit du côté anglais de ce blog.

La langue, cette richesse de l’homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des œuvres sacrées. Qu’elles évoluent avec le temps, se transforment, s’oublient et renaissent tandis que, parfois, leur transgression devient la source d’une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré pleine sujétion.

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Moi, je crois que la grammaire, c’est une voie d’accès à la beauté. Quand on parle, quand on lit ou quand on écrit, on sent bien si on a fait une belle phrase ou si on est en train d’en lire une. On est capable de reconnaître une belle tournure ou un beau style. Mais quand on fait de la grammaire, on a accès à une autre dimension de la beauté de la langue. Faire de la grammaire, c’est la décortiquer, regarder comment elle est faite, la voir toute nue, en quelque sorte. Et c’est là que c’est merveilleux : parce qu’on se dit : « Comme c’est bien fait, qu’est-ce que c’est bien fichu ! », « Comme c’est solide, ingénieux, subtil ! ». Moi, rien que savoir qu’il y a plusieurs natures de mots et qu’on doit les connaître pour en conclure à leurs usages et à leurs compatibilités possibles, ça me transporte. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau, par exemple, que l’idée de base de la langue, qu’il y a des noms et des verbes. Quand vous avez ça, vous avez déjà le cœur de tout énoncé. C’est magnifique, non ? Des noms, des verbes…