Un certain je-ne-sais-quoi dans l’atmosphère au bureau me suggère qu’il est temps de proposer une boisson chaude à la ronde. Je sauvegarde ma traduction, je me lève et je vais faire la tournée de mes camarades travailleurs. Thé ? Café ? Infusion de baies sauvages à la vanille, avec un soupçon de gingembre ? Comme je suis une collaboratrice vraiment géniale, je vais même au premier, où Paul est en réunion avec une consultante marketing, pour leur demander s’ils veulent boire quelque chose.
coffee « Bonjour ! Je fais une tournée de cafés, vous en voulez ? »
Paul : « Ah merci, bonne idée. Et vous, K ? K, je vous présente Céline, elle travaille ici, elle est traductrice anglais-français. »
K : « Vraiment ? J’ai souvent besoin de services de traduction et j’ai toujours du mal à trouver quelqu’un. »
Paul : « Ne cherchez pas plus loin ! Voici la personne qu’il vous faut. »
Et il commence à lui dire à quel point je suis formidable, comme traductrice. Le problème, c’est que les compliments me mettent très, très mal à l’aise. Alors quand il termine et qu’ils se tournent les deux vers moi, tout sourire, quelle est ma réaction ?
Dis-je : « Absolument, je suis formidable et je serais ravie de prendre en charge vos projets de traduction. Je vais vous donner ma carte professionnelle pour que nous puissions discuter quand vous aurez une minute. » ?
Non. Oh non. Voici ce que je dis, en brandissant mon bouquet de tasses :
« La traduction, c’est bien joli, mais ma vraie spécialité, c’est les boissons chaudes ! Alors, thé, café ? »
Un thé, un café. Je prends leurs tasses et je repars en bas, morte de honte.
Plus tard, je suis toujours en train de m’arracher les cheveux quand Paul revient de sa réunion. Nous convenons tous deux que je suis incapable de me vendre et que je ferais mieux d’envoyer à K un email avec mes coordonnées.
J’ai fini par me convaincre que c’est mieux comme ça. Une carte professionnelle, ça se perd facilement, tandis qu’il est plus facile de sauvegarder les coordonnées de quelqu’un à partir d’un email. Les réseaux professionnels, ce n’est pas mon fort, mais faire de telles erreurs n’est pas dénué d’avantages : au moins, on apprend rapidement à retomber sur ses pattes.