Q Je suis étudiante d’anglais en troisième année et je rêve de devenir interprète. J’aimerais avoir quelques informations sur les exigences dans le métier à l’égard de la prononciation et des accents. Je suis de langue maternelle française et j’ai lu qu’il est essentiel d’avoir un accent anglais « neutre ». J’ai toujours 18 ou 19 sur 20 aux tests de phonétique et d’expression orale et la plupart des anglophones disent que mon accent est excellent. Cependant, plusieurs Britanniques ont critiqué mon accent « pseudoaméricain ». Dois-je essayer d’acquérir un accent britannique ou l’essentiel est-il de bien se faire comprendre ?
R Une interprète doit faire de son mieux pour disparaître afin de se transformer en outil de communication efficace. Comme je l’explique dans mon billet sur le contrôle de son accent au travail, un accent prononcé peut gêner une bonne communication : au départ, l’attention de l’auditoire se porte sur la manière dont on transmet le message, et pas sur le message lui-même. Cependant, ce problème disparaît rapidement au fur et à mesure que les gens s’habituent à l’élocution de l’interprète. J’ai bien peur que, alors que les Américains adorent tous les accents britanniques, les Britanniques n’apprécient guère un fort accent américain, en particulier chez un non-Américain (il s’agit d’une généralisation tirée de mes observations). Je pense que, tant que ton anglais est compréhensible, ce que suggèrent tes excellents résultats en phonétique et en expression orale, tu n’as aucun souci à te faire.
Q J’ai aussi du mal à déterminer quel niveau on doit atteindre pour envisager une carrière dans l’interprétariat. J’écoute sans arrêt de l’anglais et j’essaie autant que possible de diversifier mes sources d’apprentissage : je regarde des émissions américaines, y compris de télé-réalité, car je veux être capable de comprendre l’anglais formel et informel, j’écoute les informations et je lis les journaux. Je communique tous les jours avec des Américains et j’appelle des anglophones toutes les semaines pour améliorer mes compétences orales. Pourtant, malgré tous mes efforts, mon vocabulaire laisse à désirer.
Que me conseilles-tu pour améliorer rapidement mon anglais ? Quelle a été l’importance d’un séjour dans un pays anglophone pour toi ? Une fois sur place, quelle a été ta stratégie pour améliorer ton anglais ?
R Mon conseil est tout simple : tu pourras regarder autant de films ou lire autant de journaux que tu voudras, pour réellement approfondir sa connaissance et sa compréhension de l’anglais, rien ne vaut un séjour de quelques mois dans un pays anglophone. Quand je suis arrivé à Brighton (il était une fois…), je savais que je n’avais que neuf mois (c’est ce que je pensais, tout du mois) sur le sol britannique et j’ai immédiatement décidé d’éviter les Français. Alors que tous les étudiants internationaux se regroupaient par nationalité en quête de chaleur humaine dans un univers peuplé de gens parlant à vitesse grand V avec des accents qui ne ressemblaient pas du tout à ceux de nos profs, j’ai fait de mon mieux pour passer du temps avec des anglophones. J’ai collé à appris à connaître mes colocataires, je me suis inscrite à toutes sortes de clubs et je n’ai jamais refusé une invitation. Les trois premiers mois ont été très durs et je me suis sentie très seule (et il n’a pas arrêté de pleuvoir), mais mon anglais s’est amélioré, j’ai rencontré des gens très sympas, je me suis fait des amis et voilà !
Q J’aimerais devenir interprète anglais – français, mais je ne suis pas née bilingue. Penses-tu que je puisse quand même réussir ?
R Quand j’ai parlé de mon envie de devenir traductrice à 15 ans, on m’a dit que c’était impossible parce que je n’étais pas bilingue, mais ce n’est pas nécessaire pour être interprète. Pour cela, il faut maîtriser parfaitement ses deux langues et la qualité de ton anglais écrit, ta passion et tes efforts pour améliorer ton anglais suggèrent que tu es sur la bonne voie pour devenir une excellente interprète. Bonne chance.