Le crowdsourcing consiste à demander aux internautes d’effectuer, généralement gratuitement, une tâche normalement confiée à des sous-traitants.
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Certaines entreprises ont décidé d’utiliser le crowdsourcing pour traduire leur site Internet, demandant à des milliers d’internautes de travailler pour eux gratuitement (dans le diagramme du crowdsourcing ci-dessus, l’étape 6 est souvent optionnelle) pour arriver à un produit leur permettant d’augmenter leurs revenus. La qualité des résultats obtenus a varié, les utilisateurs hispanophones de Facebook se plaignant notamment de la présence d’erreurs grammaticales et d’un manque de cohérence de la terminologie.
Je peux comprendre qu’une organisation à but non lucratif choisisse de se tourner vers ses membres pour traduire son site Internet en plusieurs langues : en période de dèche, il est tentant d’exploiter les compétences et la bonne volonté d’autrui. En plus de cela, les membres d’une communauté virtuelle s’y investissent souvent personnellement et sont souvent ravis de consacrer leur temps à son développement. Le résultat final est sans doute de qualité inférieure à celle qui aurait été obtenue par des spécialistes de la traduction, mais s’il suffit à attirer d’autres internautes, la mission a été accomplie.
Nombreux sont ceux qui pensent que, pour être traducteur, il suffit de connaître deux langues. Notre profession est mal reconnue, et c’est pour cela que, quand LinkedIn, une organisation commerciale, m’a envoyé un message me demandant si j’aimerais traduire son site Internet gratuitement, « pour m’amuser » ou pour gagner un badge, j’ai été quelque peu agacée, et je n’ai pas été la seule. Pas parce que LinkedIn avait choisi la voie du crowdsourcing, mais parce que, en me demandant de fournir gratuitement mes services, il semblait être en complète contradiction avec sa raison d’être, qui est d’aider ses membres à atteindre leurs objectifs professionnels. Aucune traductrice ne fera carrière en offrant ses services gratuitement : LinkedIn n’ayant manifestement aucune intention d’accompagner mon développement professionnel, j’ai supprimé mon profil.
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Quand Twitter a annoncé qu’il cherchait des volontaires pour traduire son interface gratuitement, je n’ai pas été surprise. Une réelle communauté s’est formée grâce à Twitter, et il était évident que de nombreux internautes seraient prêts à contribuer à un site dont ils se sentent très proches. Je ne vais pas compter parmi eux ; j’adore Twitter, mais je n’ai pas envie de travailler en compagnie d’amateurs, tout talentueux qu’ils soient, et d’être associée à un résultat dont je risque de ne pas être fière à 100%. Je ne vais pas pour autant supprimer mon profil : Twitter n’a jamais fait aucune promesse quant à son rôle dans le développement professionnel de ses utilisateurs et utilisatrices et je ne discerne aucune contradiction dans sa démarche. Pour moi, il s’agit d’une simple décision commerciale, que je désapprouve : dans mon travail, je recherche la qualité et je suis prête à sortir mon portefeuille pour l’obtenir.
Il est dommage que certaines grandes entreprises ne soient pas prêtes à traiter leurs utilisateurs non anglophones avec assez de respect et à confier la localisation de leurs sites aux gens du métier, qui sont le mieux placés pour produire une traduction certaine d’améliorer l’expérience de tous les internautes, quelle que soit leur langue. En fait, je pense que le crowdsourcing pourrait même faire partie intégrante du processus de traduction : une fois le travail réalisé par des traducteurs, il pourrait être soumis aux critiques de la communauté pour garantir qu’il satisfait leurs besoins et respecte leur culture inhérente. Cette collaboration entre experts de la traduction et internautes pourrait être la meilleure manière d’obtenir le meilleur résultat possible.
Photo de foule de TwOsE