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Je ne sais pas exactement quand ou par qui le café gourmand a été inventé, mais c’est peut être ce que la France a produit de mieux depuis Thierry Henry. J’ai eu le plaisir d’en prendre un pour la première fois lors d’une visite à Lille en début d’année et c’est un concept qui m’a tout de suite plu : au lieu de commander un dessert, puis un café, on se fait servir un petit noir accompagné de (pas si) petites délicieuseries. Divin. J’en ai dégusté plus d’un pendant les deux semaines de vacances en France dont je viens de revenir et quand j’ai essayé de traduire en anglais le mot gourmand, j’ai calé. Le seul adjectif qui m’est venu était greedy (avide, glouton), mais comment associer un mot péjoratif à tant de bonheur ? La meilleure traduction que je puisse proposer pour gourmand (l’adjectif comme le nom) est someone who loves his/her food. Sous forme d’adjectif associé à un objet inanimé, comme dans « café gourmand » ou « région gourmande », il veut dire que cet objet sera apprécié des gourmands et gourmandes de tout poil.
Greedy et voracious sont en fait proches du sens premier de ce mot. Après tout, la gourmandise est un vilain défaut et compte même parmi les péchés capitaux. De nos jours cependant, ce n’est plus tout à fait le cas : ce terme a perdu ses connotations négatives. Un/e gourmand/e est une personne qui aime manger, sans qu’aucun jugement ne soit fait à cet égard. Mais alors, comment ce mot est-il passé de la liste tristement célèbre des péchés capitaux pour se transformer en terme qui éveillerait plutôt la sympathie ?
Cet article sur la gourmandise et le péché explique que du point de vue de la morale, la recherche du plaisir, dont le/la gourmand/e se rend coupable, est un vice qui peut mener à l’excès et doit donc être condamné. Cela peut s’expliquer par le manque de ressources au cours des siècles derniers, où la gourmandise remettait en cause le partage équitable de la nourriture. Dans nos sociétés d’abondance, ce trait n’est plus dangereux pour autrui. Une personne gourmande, qui est maintenant considérée comme quelqu’un qui aime la nourriture et le partage d’un moment de plaisir, n’est plus suspecte, comme le prouve la « Supplique au Pape pour enlever la gourmandise de la liste des péchés capitaux » présentée au Pape en 2003. Sa Sainteté n’a pas encore répondu.
J’ai aussi récemment appris une autre définition de ce terme en parlant à ma mère de mes plants de tomates. Elle m’a conseillé d’en enlever les gourmands, autrement dit les tiges qui poussent à l’aisselle des feuilles (entre la feuille et la tige).