J’ai lu les traductions en français du discours inaugural d’Obama dans Le Monde et Libération. Elles sont très différentes et en gros, je préfère celle du Monde : elle respecte mieux le style du nouveau Président des États-Unis. Exemple : « All this we can do. All this we will do. » Libé : « Nous pouvons faire tout cela et nous le ferons. » Le Monde : « Tout cela, nous pouvons le faire. Et tout cela, nous allons le faire. » La traduction du Monde n’est pas plus littérale : elle utilise la même figure de style, l’anaphore, qui répète des mots en début de phrase pour traduire la détermination et la volonté inébranlable de l’orateur (l’épiphore répète des mots en fin de phrase). Je n’ai malheureusement pas le temps d’en faire une analyse approfondie, mais j’ai eu envie de vous proposer les deux traductions de mon passage préféré, ainsi que la mienne. Ce n’est pas un concours de traduction: la traduction est un outil formidable pour bien s’approprier un texte et j’avais envie de jouer avec ce passage émouvant et de partager le résultat avec vous. En plus, il est intéressant de voir que trois traductrices différents arrivent à trois traductions bien distinctes. Je vous invite à mettre vos traductions à vous dans les commentaires si vous en avez envie.
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For we know that our patchwork heritage is a strength, not a weakness. We are a nation of Christians and Muslims, Jews and Hindus — and non-believers. We are shaped by every language and culture, drawn from every end of this Earth; and because we have tasted the bitter swill of civil war and segregation, and emerged from that dark chapter stronger and more united, we cannot help but believe that the old hatreds shall someday pass; that the lines of tribe shall soon dissolve; that as the world grows smaller, our common humanity shall reveal itself; and that America must play its role in ushering in a new era of peace.
Le Monde (Ariane Corbin-Favier)
Car nous savons que notre patrimoine bigarré est une force, et non une faiblesse. Nous sommes une nation de chrétiens et de musulmans, de juifs, d’hindous et d’athées. Nous sommes façonnés par toutes sortes de langues et de cultures venant de tous les coins du monde. Et parce que nous avons goûté le brouet amer de la guerre civile et de la ségrégation, et parce que, de ce chapitre sombre de notre histoire, nous sommes sortis plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas ne pas croire que les vieilles haines cesseront un jour, que les sentiments d’appartenance disparaîtront, que le monde deviendra plus petit, que notre humanité commune va se révéler et que l’Amérique doit jouer le rôle qui lui revient en inaugurant une nouvelle ère de paix.
Libération (AFP)
Nous savons que notre héritage multiple est une force, pas une faiblesse. Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d’hindous, et d’athées. Nous avons été formés par chaque langue et civilisation, venues de tous les coins de la Terre. Et parce que nous avons goûté à l’amertume d’une guerre de Sécession et de la ségrégation (raciale), et émergé de ce chapitre plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas nous empêcher de croire que les vieilles haines vont un jour disparaître, que les frontières tribales vont se dissoudre, que pendant que le monde devient plus petit, notre humanité commune doit se révéler, et que les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l’élan d’une nouvelle ère de paix.
Ma traduction
Car nous savons que, loin d’être une faiblesse, notre patrimoine pluriel est une force. Nous sommes une nation de chrétiens, de musulmans, de juifs, d’hindous et de non croyants. Nous sommes le fruit du brassage de cultures et de langues originaires des quatre coins de la planète. Et parce que nous avons connu l’amertume de la guerre civile et de la ségrégation et que nous avons survécu, plus forts et plus unis, à ce chapitre sombre de notre histoire, nous ne pouvons nous empêcher d’être convaincus que les haines ancestrales s’éteindront un jour, que les lignes de démarcation s’effaceront, que les peuples se rapprocheront et que l’évidence de leur humanité commune éclatera aux yeux de tous ; et que l’Amérique sera au centre de l’avènement d’une nouvelle ère de paix.