Billet de Jill Sommer, traductrice de l’allemand à l’anglais, traduction de Pauline Ratzé.
Je travaille comme traductrice indépendante de l’allemand à l’anglais depuis l’obtention de mon Master à la Kent State University en 1995. À la fin de mes études, j’ai déménagé en Allemagne où j’ai travaillé comme terminologue et traductrice pour une agence de traduction. À mes débuts en tant qu’indépendante en Allemagne, j’ai facilement trouvé des clients, d’une part parce qu’étant de langue maternelle anglaise j’étais un oiseau rare et d’autre part parce que, suite à la vente de l’agence pour laquelle je travaillais, j’avais des collègues dans plusieurs nouvelles agences. J’ai donc principalement compté sur le bouche à oreille.
Lorsque je suis rentrée aux États-Unis, j’ai réussi à conserver une partie de ma clientèle allemande, mais la distance ne m’a pas permis d’en garder assez. J’ai donc travaillé à mi-temps chez Borders Books pour arrondir mes fins de mois en me plaignant auprès de mes collègues de ne pas recevoir de travaux de traduction. Ils m’ont alors très justement fait remarquer qu’il est difficile pour les agences de traduction et les clients directs de vous envoyer du travail s’ils ne connaissent pas votre existence. J’ai donc entrepris de me faire connaître par e-mail. Pour commencer, j’ai rassemblé les noms des agences de traduction décrites par mes collègues comme étant leurs préférées ou les plus sérieuses et leur ai fait parvenir mon CV par e-mail en décrivant mes motivations dans le corps du message. J’ai aussi consulté l’annuaire des membres de l’American Translators Association (ATA) pour y trouver les entreprises spécialisées en allemand afin de les contacter. Puis l’étape suivante a été de passer l’annuaire en revue, en commençant par la lettre A, et de regarder le site Internet de chaque entreprise pour voir si je correspondais aux qualifications (combinaison linguistique, spécialisation, etc.). J’ai surligné le nom de celles qui me semblaient intéressantes au cours de ma recherche en faisant des annotations dans la marge. Le plus important est de ne pas avoir contacté chaque entreprise. Ça aurait été une perte de temps aussi bien pour moi que pour elles.
L’intitulé de mon e-mail était « Traductrice de l’allemand à l’anglais recherche de nouveaux clients » ou « Traductrice indépendante de l’allemand à l’anglais recherche des mandats ». Je commençais mon courrier par « Est-ce que votre entreprise recherche actuellement un traducteur de l’allemand à l’anglais ? », puis je décrivais mon parcours, y compris mes diplômes, et soulignais mes six années de travail à l’étranger en tant que traductrice, le tout en un ou deux paragraphes. Je mentionnais mes domaines de spécialisation et précisais que « mes tarifs étaient flexibles et varient en fonction des délais et du niveau de spécialisation requis ». Je terminais le message en donnant l’adresse de mon site Internet (sur lequel figurent mes Conditions générales de vente détaillées) et en encourageant le destinataire à le visiter. Le but étant d’être brève et d’aller à l’essentiel.
Je m’étais fixé pour but d’envoyer 5 e-mails ciblés par jour que j’adressais à la personne de contact de l’agence (mentionnée dans l’annuaire ou sur leur site). Je me suis arrêtée à Columbia parce que j’avais déjà assez de travail. Si vous suivez mon exemple, il serait peut-être judicieux de commencer par la fin de l’annuaire ou au milieu, parce qu’au fil des années j’ai donné ce conseil à de nombreux traducteurs débutants.
Vous pouvez aussi vous inscrire à une ou plusieurs listes détaillant les habitudes de paiement des entreprises (Payment Practices, Proz Blueboard, TCR, Yahoo groups) et contacter les agences qui sont bien cotées. Il va sans dire qu’il faut à tout prix éviter les agences qui ne bénéficient pas d’une bonne réputation. Ceci est valable en tout temps. En effet, pourquoi travailler pour un client qui ne va pas vous rémunérer ?
En parallèle de mon envoi d’e-mails, je me suis impliquée au sein l’ATA au niveau local et national. Je contribue régulièrement à plusieurs listes de diffusion et forums de discussions qui traitent de traduction (y compris à la liste de diffusion pour la langue allemande de l’ATA), ce qui m’a permis d’être approchée par de nouveaux clients envoyés par mes collègues lorsqu’ils avaient trop de travail, ces derniers me recommandant uniquement sur la base de la qualité des mes interventions. Je participe aussi chaque année aux conférences et écrit régulièrement des articles pour l’ATA Chronicle.
Après avoir réussi brillamment l’examen de langue du FBI et reçu un certificat de sécurité suite aux recherches effectuées sur mon passé, j’ai décidé de participer à la conférence régionale de l’ATA à Washington qui traitait du travail pour le gouvernement fédéral. La présidente de l’ATA de l’époque, Marian Greenfield, m’a appelée pour me demander si je souhaitais écrire un article à propos de la conférence pour l’ATA Chronicle et j’ai sauté sur l’occasion. Comme je m’étais proposée pour rédiger un article, Marian m’a invitée à prendre part au repas des intervenants, où j’ai rencontré mon meilleur client. Son agence s’agrandissait et il recherchait justement des traducteurs de l’allemand, je lui ai donc laissé ma carte. Il représente aujourd’hui 45% de mon revenu annuel. Tout ça pour avoir été assise en face de lui au repas d’une conférence régionale et eu une agréable conversation.
Je souhaite aussi souligner que j’ai rencontré un autre bon client à cette conférence. Il y assistait justement afin de trouver une personne correspondant à mes qualifications (traducteur de l’allemand à l’anglais avec certificat de sécurité). Je n’avais pas contacté cette agence car j’avais déduit à son nom (qui faisait référence à la traduction littéraire) que je ne correspondais pas au profil des personnes qu’ils employaient. Il s’est avéré qu’ils avaient un gros contrat pour le gouvernement et qu’ils n’étaient pas du tout dans le marché de la traduction littéraire.
Pour se vendre, il faut favoriser une approche en deux temps. Envoyer des CV par e-mail aux clients potentiels et puis reprendre contact (une bonne technique est décrite dans l’article “1/3/10/30/90” de John Shaklee). Mais ne sous-estimez pas la valeur d’une rencontre en personne. Participez à des conférences et parlez aux gens. Ayez toujours des cartes de visites sur vous, où que vous alliez. Il m’est arrivé de rencontrer des nouveaux clients à une soirée Meurtre et Mystère ou à une dégustation de vin. Vous ne pouvez jamais savoir à l’avance où est-ce que vous rencontrerez votre futur meilleur client.