bee
C’est en traduisant un document que je suis tombée sur l’expression be-all and end-all. J’ai choisi de la traduire en français par « panacée » et je savais qu’elle prenait ses origines dans une pièce de Shakespeare, mais pas moyen de me rappeler laquelle. Une courte recherche m’a permis de déterminer qu’il s’agissait de Macbeth.

Macbeth says: If it were done when ’tis done, then ’twere well it were done quickly: if the assassination could trammel up the consequence, and catch, with his surcease, success; that but this blow might be the be-all and end-all here.


J’ai continué mes recherches et j’ai trouvé une explication qui m’a surprise :

Après des années d’utilisation, l’expression the be-all and [the] end-all a été raccourcie pour devenir the Bs and Es. […]
Au fil du temps, sa prononciation s’est transformée (lisez-la rapidement et vous comprendrez) pour se rapprocher de the bee’s knees.
Future Perfect

Vraiment ? Ce n’est pas l’explication que j’ai trouvée quand j’ai recherché l’origine de l’expression the bee’s knees il y a quelques années. Je me suis tournée vers une source faisant autorité :

L’origine de cette expression est souvent attribuée à la manière italiano-américaine de prononcer le mot business ou à Bs and Es, version abrégée de be-alls and end-alls. Ces deux explications sont sans aucun doute erronées. Bee’s knees est l’une de ces expressions sans queue ni tête issues de l’Amérique des années 20, ère des garçonnes, des bars clandestins, des boas en plumes et du Charleston. World Wide Words

Certains mots sont tellement curieux qu’ils attisent la créativité des gens, ce qui se traduit par l’apparition d’origines aussi amusantes que farfelues. Un ami m’a affirmé ce week-end que le mot loo (toilettes) vient de « regardez l’eau », que les domestiques criaient avant de verser le contenu des pots de chambre par la fenêtre pour prévenir les passants. J’ai exprimé quelques doutes à ce sujet et je me suis promis de voir qui avait raison. Naturellement, il existe plusieurs explications possibles de l’origine de loo :

Plusieurs théories existent quant à l’origine de ce terme courant pour désigner le petit coin. La première, et la plus populaire, veut qu’il soit dérivé du cri gardyloo (issu du français « regardez l’eau ») poussé par les domestiques du Moyen Âge alors qu’ils vidaient les pots de chambre dans la rue par la fenêtre du premier. Du point de vue de l’histoire, cela pose problème, car au moment où le mot loo a fait son apparition par écrit, l’expression gardyloo avait depuis longtemps disparu. Une autre théorie veut que ce mot soit dérivé du terme français « lieu », euphémisme châtié désignant les toilettes. Malheureusement, aucune preuve documentaire ne corrobore cette idée. Une troisième théorie, qui emporte l’adhésion d’un grand nombre, fait référence à la marque commerciale Waterloo, qui ornait les réservoirs de chasse d’eau en acier de nombreuses toilettes extérieures dans la Grande-Bretagne du début du 20e siècle. Il s’agit d’une explication plus crédible du point de vue de la chronologie, mais malheureusement, les preuves sont tout aussi rares. D’autres théories rocambolesques circulent également, avec référence aux portes portant le numéro « 00 » et aux personnes appelées « Looe ».
Ask Oxford

Conclusion : l’étymologie populaire est amusante, mais si vous vous intéressez à l’origine réelle des mots, mieux vaut vous préparer à mener de longues recherches et à subir de nombreuses déceptions.
Photo d’abeille par anna316

De | 25 juin 2010|Expressions idiomatiques|8 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

8 Réaction

  1. Florent V. juin 25, 2010 à 2:25

    Plus drôle encore que l’étymologie populaire, il y a les expressions dont la graphie n’est pas figée, voire que l’on ne sait pas du tout écrire.
    Récemment j’ai appris après quelques recherches que l’expression «en cinq-cinq» n’existe pas, et que l’on doit dire «en cinq sec». Diantre.
    Pire encore, je ne sais toujours pas comment écrire l’expression «à la waneuguène» (je transcris phonétiquement), ni ce que ça veut dire exactement, ni d’où ça vient, ni même si ça se dit comme ça. J’en ai perdu le sommeil.

  2. céline juin 25, 2010 à 2:36

    À la quoi ?? D’où tu sors ça ? Mon mot préféré qui n’existe pas, c’est « desclicloutée ». Ma mère l’utilise pour désigner une chaise pas très solide qui a besoin d’être réparée. Il doit venir du patois de chez moi (le gascon des Landes) et j’adore.

  3. jean-paul juin 26, 2010 à 7:30

    the be-all and end-all : la raison d’être / le summum / le but suprême
    Ci-dessous, quelques traductions des paroles de Macbeth
    1. MACBETH.
    Si, une fois fait, c’était fini, il serait bon que ce fût vite fait. Si l’assassinat pouvait entraver les conséquences, et par son accomplissement assurer le succès, si ce coup pouvait être tout et la fin de tout ici-bas rien qu’ici-bas, sur le sable mouvant de ce monde, je me jetterais tête baissée dans la vie à venir.
    (traduit de l’anglais par François-Victor Hugo)
    2. MACBETH
    Si c’était fini quand c’est fait, lors bien
    Que ce soit vite fait. Si l’assassinat
    Pouvait retenir les séquelles, et capter
    En son franc succès – que ce coup puisse être
    Le tout et le point final !
    (traduction de Denis Gauer)
    3. MACBETH
    Si lorsque ce sera fait, c’était fini, le plus tôt fait serait le mieux. Si l’assassinat tranchait à la fois toutes les conséquences, et que sa fin nous donnât le succès, ce seul coup, qui peut être tout et la fin de tout, au moins ici-bas, sur ce rivage, sur ce rocher du temps, nous hasarderions la vie à venir.
    À la lecture de ces trois extraits (courageux, mais qui nous laissent sur notre faim car aucun n’est transcendant), on mesure l’extrême difficulté de la traduction des textes de Shakespeare en particulier.

  4. céline juin 26, 2010 à 8:58

    Bien vu jean-paul, le texte de Macbeth est par endroits tellement impénétrable que je n’ai même pas tenté une traduction de peur de trahir Shakespeare !

  5. rocjo juin 28, 2010 à 9:02

    Vous traduisez « the be-all and end-all » par « panacée » ; selon moi, le mot « panacée » implique toujours l’idée de « remède universel », que ce soit au propre ou au figuré, c’est-à-dire la solution (ultime) à un problème, qu’il soit médical ou d’un autre ordre.
    Si votre traduction peut être la meilleure dans certains cas, il me semble que, le plus souvent, il vaudra mieux se tourner vers le sens de « summum » ou « quintessence », ou le but ou l’achèvement ultime, c’est-à-dire « la quête du Graal enfin achevée ».
    Quand notre championne de tennis, Justine Henin, a gagné son premier Roland Garros, ses déclarations nous ont appris que cette victoire était son « be-all and end-all », et ses victoires suivantes n’étaient pour elle que du bonus.
    On peut aussi dire « l’alpha et l’oméga ».

  6. céline juin 28, 2010 à 9:11

    @rocjo: Je suis entièrement d’accord avec votre analyse des différentes traductions possibles. J’ai choisi « panacée » parce que c’est bien le sens de « solution ultime » que je recherchais. Dans un texte sur la musculation, la phrase était : « Drop sets aren’t the be-all and end-all of training techniques for growth. » Donc un moyen visant une fin, ce qui s’apparente plus à un remède qu’à un but ultime.

  7. jean-paul juin 29, 2010 à 7:38

    Les séries dégressives ne sont pas la technique d’entraînement par excellence pour gagner du muscle.
    La musculation ne se résume pas aux seules et uniques séries dégressives.
    😉

  8. Vieux croco février 1, 2011 à 6:21

    L’alpha et l’oméga?

Les commentaires sont fermés.

bee
I came across the expression « be-all and end-all » in a document, which I chose to translate in French as panacée. I knew it took its origins in a Shakespeare play, but couldn’t remember which one, so I went in search of an answer. It was Macbeth:

Macbeth says: If it were done when ’tis done, then ’twere well it were done quickly: if the assassination could trammel up the consequence, and catch, with his surcease, success; that but this blow might be the be-all and end-all here.

What I read next was more surprising:

After years of use, ‘the be-all and [the] end-all’ became shortened to: the Bs and Es. […]
As this was said, over time (if you repeat this fast, you will see), it sounds like ‘the bee’s knees’.
Future Perfect

Really? That’s not what I found when I researched the expression « the bee’s knees » a few years ago. I turned to a more authoritative source and this is what I found:

It’s sometimes explained as being from an Italian-American way of saying business or that it’s properly Bs and Es, an abbreviation for be-alls and end-alls. Both are without doubt wrong. Bee’s knees is actually one of a set of nonsense catchphrases from 1920s America, the period of the flappers, speakeasies, feather boas and the Charleston.
World Wide Words

Some words just intrigue so much that people love working out funny, but ultimately wrong, origins. A friend confidently told me this weekend that « loo » came from regardez l’eau, which servants cried before tipping chamber-pots outside the window to warn passers-by. I voiced my scepticism and promised I would look into it. As I suspected, there are many possible explanations for the origin of « loo »:

There are several theories about the origin of this common term for a familiar article of sanitary furniture. The first, and most popular, is that it is derived from the cry of « gardyloo » (from the French regardez l’eau or « watch out for the water ») which was shouted by medieval servants as they emptied the chamber-pots out of the upstairs windows into the street. This is historically problematic, since by the time the term « loo » is recorded, the expression « gardyloo » was long obsolete. A second theory is that the word derives from a polite use of the French term le lieu (the place) as a euphemism. Unfortunately, documentary evidence to support this idea is lacking. A third theory, favoured by many, refers to the trade name « Waterloo », which appeared prominently displayed on the iron cisterns in many British outhouses during the early 20th century. This is more credible in terms of dates, but corroborating evidence is still frustratingly hard to find. Various other picturesque theories also circulate, involving references to doors numbered « 00 » or people called « Looe ».
Ask Oxford

Conclusion: folk etymology is fun, but if you are interested in the real origin of words, you have to be prepared to do a lot of research and to often be disappointed.
Bee photo by anna316

De | 25 juin 2010|Idioms|1 commentaire

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Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

Un commentaire

  1. brian juin 26, 2010 à 2:52

    Very interesting!
    You may like this one; in the Peak District there is an unusual mineral with blue/yellow colouring, called Blue-John.
    The explanation they give in the town (Castleton) may be true or not, but it’s fun and feasible. Apparently about 200 years ago when they first mined this stone, they sent it away to some French experts to find out what its name was. Legend says, the French did not have a name for it as it is very unique to this area and merely sent back a description … in French. Something like (excuse the French) « C’est bleu-jeune …… ». Hence, the first people back in Castleton to try and read it said, they say it’s blue-john …. !
    http://www.bluejohnstone.co.uk/

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