Peace craneLes anglophones font-ils preuve de plus de créativité dans leur utilisation de la langue ? Je n’en suis pas sûre, mais certains des termes anglais qui sont créés pour désigner des concepts et idées novateurs sont tout simplement parfaits. Astroturfing en est un excellent exemple, même s’il est loin d’être nouveau, vu qu’il remonte à 1985 : il fait référence au terme grassroots, qui désigne un mouvement de la base, et vient d’AstroTurf, la marque de pelouse synthétique utilisée sur les terrains de sport. Sa signification est donc limpide : il s’agit d’un « faux mouvement citoyen » conçu pour donner l’impression qu’il est spontané et vient de la base. Ses membres sont présents dans les médias et sur l’internet, où ils « partagent » leurs expériences afin de générer un buzz autour d’un produit ou d’une idée.
L’astroturfing soulève de nombreux problèmes, mais je ne vais pas les détailler, car ils ont déjà fait l’objet de nombreux articles. En tant que traductrice française et passionnée de la langue, ce qui m’intéresse, c’est le nom pris par ce concept dans ma langue maternelle. En effet, il est récemment revenu sur le devant de la scène avec la montée en puissance des médias sociaux, terrain particulièrement fertile pour ce genre d’activité. L’équivalent français de grassroots n’étant pas un terme figuré (parmi les traductions utilisées, on trouve « mouvement citoyen » « populaire » ou « communautaire »), il est difficile de jouer sur les mots en utilisant son « faux » équivalent (comme astroturf). Si la traductrice ne veut pas emprunter astroturfing et espérer que le lectorat saura de quoi il s’agit, elle peut utiliser une description, comme « stratégie de manipulation basée sur un mouvement citoyen d’apparence spontané, mais en réalité orchestré dans un but précis », mais c’est une solution un brin longuette.
Pour revenir à ma question du premier paragraphe, il existe un néologisme français que j’adore, parce qu’il est non seulement romantique, mais aussi incroyablement pratique pendant mon travail : il s’agit d’« internaute », qui, comme « astronaute » et « cosmonaute », renvoie à une personne voyageant dans un espace déterminé, dans ce cas sur l’internet. Web user est beaucoup plus prosaïque, vous en conviendrez.
Photo d’herbe synthétique de JPDaigle