poticheLe week-end dernier, je suis allée voir Potiche. Dès le titre, j’ai eu une pensée émue pour la personne chargée des sous-titres. En effet, dans son sens imagé, le mot « potiche » n’a pas d’équivalent en anglais.
Que faire en l’absence d’un mot capturant ce concept de personne, femme ou homme, à la fonction purement décorative et ne détenant aucun pouvoir ? Sur l’affiche du film, il a été traduit par trophy wife, expression qui décrit une femme belle et jeune qu’un homme souvent plus vieux parade pour démontrer son pouvoir et sa richesse et qui, comble de l’ironie, n’a pas vraiment d’équivalent en français. On trouve bien « femme trophée » sur l’Internet, mais cette expression est trop proche de l’anglais pour ne pas être un calque, et je ne pense pas qu’elle soit couramment utilisée. Entre parenthèses, je pense que ce problème de traduction est reflété par le fait que les sous-titres utilisent trophy housewife. Peut-on y voir un choix visant à mieux capturer l’essence du personage de la femme au foyer délaissée ? D’ailleurs, le trophy wife de l’affiche ne cadre pas vraiment avec la photo d’une femme entre deux âges portant un survêtement.
Revenons à nos moutons : dans une telle situation, trophy housewife n’est pas la pire des solutions. Elle a le défaut d’ajouter une idée d’apparat et de prestige qui vient presque contredire le sens de « potiche », mais on retrouve bien le concept de femme sans réel pouvoir. J’ai particulièrement apprécié la traduction de la réplique suivante, prononcée par le mari alors qu’il assiste à victoire de son épouse aux élections locales :

C’est peut-être une potiche, mais c’est pas une cruche.

She might be a trophy, but she’s not on the shelf.

= C’est peut-être un trophée, mais elle n’est pas sur l’étagère*
(to be on the shelf, qui signifie littéralement « être sur l’étagère », désigne quelqu’un qui est mis de côté, qui tombe dans l’oubli)

Pas mal, non ?
*Traduction littérale