Bourgogne bottleCette bouteille partagée avec des amis le week-end dernier m’a rappelé un gros clash culturel, observé il y a quelques années lors d’un repas partagé par des partenaires anglais et français qui travaillaient sur un projet conjoint. Une journée chargée devait être suivie d’un dîner pris ensemble, et comme tous les Anglais ne parlaient pas français, et vice-versa, je suis restée pour les aider à communiquer.
Tout s’est bien passé jusqu’à ce que le serveur nous apporte la liste des vins. L’un des Français l’a saisie en disant : « J’imagine que tout le monde préfère le Bourgogne ? » La moitié des Français ont acquiescé avec enthousiasme, tandis que l’autre moitié a fait la moue, semblant hésiter entre politesse et indignation. Ça a été le coup d’envoi de débats passionnés sur les mérites des vins de Bordeaux et de Bourgogne qui ont duré toute la soirée.
Ces échanges franco-français étant impossibles à relayer de la manière traditionnelle, j’ai dû relever un défi complètement différent de la normale. Heureusement, le vin m’intéresse, donc j’ai pu me transformer en interprète culturel, et aider les Anglais à comprendre le contexte de la discussion à l’aide d’un cocktail d’interprétariat classique, de résumé et de détours par des sujets comme les traditions et le patrimoine. En tant que traductrice et interprète qui préfère généralement travailler avec des textes, c’est là que l’interprétariat prend toute sa saveur pour moi : de temps en temps, c’est bien agréable de devoir réagir dans l’instant à une situation inattendue, et de devoir improviser.
Cependant, le réel défi de la soirée a été de rester neutre, et de résister à la tentation de mentionner que les vins de Bordeaux sont bien entendu largement supérieurs aux vins de Bourgogne. Ayant grandi dans le Sud-Ouest de la France, mes gènes m’interdisent de penser autrement. Ce soir-là, j’ai donné un exemple édifiant de professionnalisme et de neutralité la plus absolue.