Nous n’avions pas grand-chose dans les années 80 de mon enfance. Nous n’avions pas grand-chose, mais nous avions Dallas. Et L’amour du risque. Et Starsky et Hutch. Ces séries, nous les adorions, et nous les adorons toujours. Les rediffusions perpétuent l’amour que nous leur portons, à tel point que « Dallas » a été le premier mot prononcé par le fils de mon cousin. J’avais donc hâte de m’asseoir devant ma télé hier soir : Dallas faisait son grand retour ! Avec tous les méchants et les gentils d’antan ! J’ai même raté ma soirée foot pour le regarder chez moi. Imaginez donc ma déception quand le générique a commencé et… pas de DALLAS retentissant, pas de chanson décrivant cet univers impitoyable sous un soleil implacable, rien. Pas de chanson. Même la musique était différente. Voyez par vous-même :
Version anglaise

Version française

J’aurais dû m’y attendre. Il y a deux mois environ, j’étais en train d’écouter la radio quand mention a été faite de Stefanie Powers. « Stefanie Powers ! » me suis-je exclamée. « C’est Jennifer de L’amour du risque ! » Pas de réaction de mon autre moitié. Je me mets donc à chanter le générique. Toujours pas de réaction, et pourtant, je chante très très bien. C’est pas normal, ça. Une rapide recherche sur l’internet m’apprend qu’à l’origine, la série américaine est intitulée Hart to Hart (jeu de mots sur heart to heart, ou cœur à cœur), et que le générique français est complètement différent. Regardez un peu :

Trop de bavardages. Place à la chanson :

Et Starsky et Hutch? Vous entends-je demander. Rebelote :
Générique anglais quelconque :

Générique français sur fond de sirène hyper pêchu :

Au début, j’ai pensé que la chanson du générique français servait de scène d’exposition, afin de décrire le contexte et de donner une idée du thème de la série aux téléspectateurs étrangers. Cependant, cette théorie s’effondre avec le générique anglais de L’amour du risque, constitué d’un monologue du majordome de nos aventuriers de l’amour et du risque, qui explique à qui nous avons affaire. Une conclusion s’impose : les francophones adorent pousser la chansonnette avant leur rendez-vous hebdomadaire avec la culture américaine.
Au-delà du générique, j’ai trouvé très intéressant de regarder cette nouvelle mouture de Dallas. Je ne me rappelle pas vraiment les réflexions que m’inspirait cette série dans les années 80, depuis mon minuscule village ouvrier perdu dans la campagne du Sud-Ouest, mais j’avais l’impression qu’elle se déroulait sur une autre planète. À vrai dire, cette nouvelle série donne toujours l’impression de décrire un monde à des années-lumière du mien, avec ses millionnaires américains dont les jardins font la taille du Pays de Galles, où les femmes de 70 ans ont l’air d’avoir 30 ans (Sue Ellen semble même avoir rajeuni depuis les années 80), et où les attitudes et pratiques quotidiennes sont très éloignées de la vie en Europe.
Ma scène préférée a été celle où la femme de Bobby est réveillée par un bruit au rez-de-chaussée. Que fait-elle ? Elle appelle la police ? Réveille Bobby ? S’arme d’une lampe pour se défendre ? Que nenni. Elle va silencieusement dans la pièce à côté, ouvre une armoire contenant six fusils qui auraient leur place sur un champ de bataille, et va surprendre l’intrus avec son fusil d’assaut. C’était un moment surréaliste.
Bref, regarder Dallas après tout ce temps, c’était rigolo, mais je ne pense pas que je raterai à nouveau le foot, surtout si c’est pour ne pas chanter pendant le générique.