duplicate treesJe pense connaître l’origine de ma passion pour la traduction, qui vient de l’étude d’un texte en français et de sa traduction en anglais. Malheureusement, j’ai oublié le titre du roman d’où était extrait le passage en question, et la formulation exacte, mais je sais qu’il s’agissait d’une conversation où l’un des personnages passait du vouvoiement au tutoiement pendant une conversation avec un jeune homme ayant besoin de réconfort. Comme il n’existe pas d’équivalent lexical du vouvoiement et au tutoiement en anglais, la traductrice avait choisi d’utiliser une technique appelée compensation, où un passage impossible à traduire dans une partie du texte est rendu ailleurs, d’une manière différente.
Le passage ressemblait à ce qui suit :

« Mais êtes-vous certain de vouloir nous quitter ? »
« J’ai bien peur de ne pas avoir le choix. »
« Tu vas me manquer. »

Le passage du vouvoiement au tutoiement trahissait un glissement du formel vers l’intime. La traduction en anglais était la suivante :

« But are you sure you want to leave us? »
« I’m afraid I have no choice. »
« I’m going to miss you, » she said, taking his hand in hers.

L’intimité accrue, exprimée de manière lexicale dans le texte d’origine, s’est donc traduite par un geste tendre en anglais. Je me rappelle avoir été épatée par un procédé aussi intelligent.
Hier soir, j’ai vu Monsieur Lazhar, un film canadien (en français) que je vous recommande chaudement, et qui contenait un autre excellent exemple de traduction du vouvoiement et du tutoiement. J’ai dû à plusieurs reprises me référer aux sous-titres pour élucider quelques québecoiseries, et c’est ainsi que j’ai repéré une traduction particulièrement futée, au moment où M. Lazhar arrive chez une collègue pour dîner, et qu’il lui dit (il ne s’agit pas des répliques exactes ; ma mémoire n’est plus ce qu’elle était) :

« Bonsoir Marie, c’est très gentil à vous de m’avoir invité. »

Ce à quoi Marie répond :

« Je t’en prie, on se tutoie. »

Ce qui donne en anglais :

« Good evening Ms. Dupont, and thank you for inviting me. »
« Please, call me Marie. »

Pas mal, non ?