booth
L’interprétariat, j’adore et je déteste. Pendant et après une mission, j’adore. Avant, je déteste. Je stresse. Me suis-je suffisamment préparée ? Va-t-il y avoir une intervenante avec un accent écossais à couper au couteau ? Je ne suis pas assez douée, et tout le monde va s’en rendre compte !! Impossible de me débarrasser de ces doutes insistants. La semaine dernière, on m’a demandé de faire de l’interprétariat en cabine, en équipe avec une autre interprète. Comme je n’ai aucune expérience du travail en cabine et que je ne voulais surtout pas décevoir mon client, je lui ai conseillé de trouver quelqu’un d’autre. Il a catégoriquement refusé, et a insisté pour que je le fasse. La flatterie étant une arme devant laquelle je suis sans défense, je n’ai eu d’autre choix que d’accepter.
J’ai eu la chance de travailler avec une excellente interprète qui avait l’habitude de ce genre de mission. Elle m’a expliqué le fonctionnement de la cabine, et comment passer le relais entre deux phrases : l’interprétariat simultané étant épuisant, une interprète prend la parole pendant 20 minutes, avant de la laisser à sa collègue et de faire un break de 20 minutes. Quand mon tour est venu, j’ai réalisé que loin d’être un environnement intimidant, la cabine est en fait l’espace le mieux adapté à ce travail : on a accès aux boutons de volume, on peut éteindre son micro, on peut avoir tous ses documents de référence et consulter l’Internet, le cas échéant, et l’on se trouve dans un environnement silencieux, ce qui aide à se concentrer sur la seule voix de l’intervenant. Et bien entendu, on travaille avec quelqu’un d’autre, et j’adore les sports d’équipe. C’était vraiment génial.
À la fin de la première session, ma collègue m’a félicitée pour une première « sim » réussie. J’ai répondu que ce n’était pas ma première fois (j’ai fait du simultané lors de nombreuses réunions, dans un hélicoptère, sur des montagnes d’ordures, sur un tracteur, sur un bateau et dans divers équipements de gestion des déchets), mais elle m’a appris que le type d’interprétariat dont j’ai l’habitude est connu dans notre secteur sous le nom de « bidule », autrement dit avec un équipement audio, mais sans cabine.
Donc, non seulement j’ai appris un terme spécialisé de mon secteur, mais je suis aussi ravie d’avoir surmonté ma phobie du travail en cabine, et j’ai hâte de relever mon prochain défi d’interprète.