Comment perdre son poste d'interprète
16 janvier 2012

Cet article sur le licenciement d’une interprète en langue des signes pour son approche « créative » de son métier (entre autres, elle a informé les téléspectateurs de la présence de zombies radioactifs aux abords de la centrale nucléaire japonaise touchée par le tremblement de terre) m’a rappelé un vieux billet où je décris la tentation d’utiliser ma position toute-puissante d’interprète pour manipuler une situation à ma guise.
En effet, il peut être très difficile de rester dans son rôle de plate-forme de conversion neutre et de proscrire toute intervention personnelle. Pendant les projets sur lesquels je travaille depuis un certain temps, et que je connais comme le fond de ma poche, je suis parfois tentée de donner les réponses aux questions posées, au lieu de relayer d’abord la question, puis la réponse, afin de gagner du temps et de travailler plus efficacement. J’ai d’ailleurs constaté que je n’étais pas la seule à avoir du mal à maîtriser mes instincts pendant un atelier d’une journée, où j’étais chargée avec une autre interprète d’aider de petits groupes de Français et d’Anglais à planifier leur travail pour la session de l’après-midi. À un moment, j’ai été horrifiée d’entendre ma collègue participer à l’organisation du travail, donner son avis sur le partage des tâches entre les participants et sur les personnes les mieux placées pour faire telle et telle chose. C’était bien entendu inapproprié, mais il peut être très difficile de ne pas s’immiscer dans la conversation quand les progrès sont lents et qu’on pense avoir une solution à proposer.
L’interprète de la BBC a attribué ses actions à des « difficultés personnelles, et notamment un manque total de motivation au travail ». J’espère qu’elle se reconvertira et fera un one-woman show, car je trouve sa zombification des informations plutôt rigolote.
Photo des zombies à Brighton de Heather Buckley
_____________________
MISE À JOUR
MAIS BIEN SÛR qu'il s'agit d'une parodie ! Je le savais (presque). Cependant, mon argumentaire tient toujours, et il est arrivé que des interprètes soient licenciés pour s'être permis de dire ce qu'ils pensaient, comme en Ukraine, par exemple.
(Merci, May !)
____________________
P.S.
En plus, j'ai toujours voulu des zombies sur mon blog.
____________________
C'EST PAS FINI
Le Plus, l'espace participatif du Nouvel Obs, m'a demandé d'approfondir la question de la neutralité de l'interprète.
Plans de développement
10 janvier 2012

J’ai souri en lisant le billet de Jill sur les plans de développement, intitulé I don't have a plan and that's okay too. Elle n’en a pas, et celui lui va très bien. Je comprends très bien son attitude, même si je trouve utile de prendre le temps de faire le point sur l’évolution de mon activité et sur les manières de l’améliorer. Cela m’aide à me concentrer sur mes objectifs et à faire tout mon possible pour réussir dans mon travail. C’est pour cela que je me suis donné quelques vagues orientations en janvier 2010, processus que j’ai trouvé utile. Certaines d’entre elles m’ont aidée à progresser dans ma carrière (participation à des webinaires et ateliers, obtention de deux clients directs supplémentaires dans le domaine du développement international, veille sur l’évolution de l’industrie de la traduction), d’autres ont éclairé des voies sans issue (présentation de webinaires et d’ateliers, qui n’est pas mon fort, et réseautage professionnel, terrain peu fertile pour la traductrice que je suis).
Cette année, en revanche, je ne vais pas me fixer d’orientations, même vagues, car je semble mener ma barque avec confiance grâce aux stratégies et outils acquis au fil des ans. J’ai réfléchi à la possibilité de proposer d’autres langues, en m’alliant avec des collègues respectés, mais cela me transformerait en chef de projet, et moi, ce qui me plaît, c’est la traduction, point à la ligne. Cela ne veut pas dire que je suis à jamais condamnée à faire toujours la même chose, de la même manière : les outils de traduction évoluent, et les nouveaux clients amènent de nouveaux défis et de nouveaux sujets à explorer.
Alors, quelles sont mes intentions pour 2012 ? Continuer à faire le meilleur travail possible pour mes clients existants, continuer à utiliser ce site pour mettre en avant mes services de traduction de l’anglais au français (pas mal, hein ?) et, je l’espère, obtenir quelques nouveaux contacts intéressants. Bonne année à tous !
Photo de boussole de Walt Stoneburner.
Mox's Illustrated Guide to Freelance Translation
7 décembre 2011
Vous connaissez un/e professionnel/le de la traduction ? Vous ne savez pas quoi lui offrir pour Noël ? Pas de souci ! Mox's Illustrated Guide to Freelance Translation vient de paraître, rempli des BD tant aimées des traductrices et traducteurs, et avec des contributions de plusieurs auteurs de blogs sur la traduction. J'ai hâte de recevoir le mien.

Damp squib
2 décembre 2011
Tiens tiens. Et moi qui pensais que c’était damp squid (calamar mouillé). Mon cartable commence à être bien rempli d’expressions mises à mal (voir country pumpkin dans les commentaires de mon billet sur les accents). Je me suis intéressée à cette expression, utilisée par David Cameron pour décrire la plus grande grève du secteur public depuis les années 70, parce qu’elle a été traduite par « pétard mouillé » pendant une émission de radio française. J'étais toute contente : rien de tel qu'une jolie traduction pendant les informations pour me donner le sourire. En fait, c’était un excellent exemple de traduction surpassant la qualité de la métaphore anglaise de départ. Sérieusement, « calamar mouillé » ? Bien sûr que les calamars sont mouillés, ils vivent dans la mer ! Pourquoi ce lien avec quelque chose qui tombe à plat ?
Parce que, bien sûr, l’expression n’est pas damp squid, mais damp squib. Or, un squib est un explosif très peu puissant, qui ressemble beaucoup à un… pétard.
Heureusement, je ne suis pas la seule à me mélanger les pinceaux linguistiques : voir la liste des 10 expressions les plus déformées en Grande-Bretagne.
Photo de calamar de Queen of subtle.
Tu démarres dans la traduction ?
4 novembre 2011
Ce billet est pour toi. Tu as sans doute atterri ici après m'avoir envoyé un email me demandant comment démarrer une carrière de traducteur ou de traductrice, et tu as reçu une courte réponse contenant un lien, sur lequel tu as cliqué. Ne va pas penser que je me fiche de savoir si tu vas réussir ou pas, bien au contraire. C'est juste que ma vision des choses ne t'aidera pas forcément, et je pense qu'il te sera plus utile de tirer des informations de sources variées afin de trouver les conseils qui t'interpelleront vraiment. Ces liens mènent à des pages qui, selon moi, contiennent ce qu'il y a de mieux en matière de conseils et d'infos en la matière. De rien, et bonne chance dans ta formidable nouvelle carrière.
Billets (et leurs commentaires) sur ce blog
- Comment devenir traducteur/trice?
- Conseil à une étudiante en traduction
- Traducteurs et marketing
- Le marketing par email et les traducteurs : mode d'emploi (par Jill Sommer)
Sites de professionnels de la traduction traitant avant tout de leur profession
- Tips for translators - infos pragmatiques (en anglais)
- What makes a successful translator - écoute Rose et tu iras loin
- Ma voisine Millionnaire - Céline donne une foule de conseils pratiques pour réussir dans la traduction
- Les recettes du traducteur - Réflexions très intéressantes du genre de petit bureau de traduction avec qui tout le monde aimerait travailler
Formations, webinaires et ouvrages
- Formation en ligne pour traducteurs
- How to succeed as a freelance translator
Corinne McKay est responsable de cet ouvrage et de cette formation, et tout me laisse à penser qu'ils doivent être utiles et édifiants.
- eCPD webinars propose des « webinaires de haute qualité pour aider les traducteurs, les interprètes et autres linguistes professionnels à développer leur carrière et à gérer leur activité de manière durable et rentable. » J'ai assisté à deux webinaires, et je les ai trouvés très bons.
- The Prosperous Translator de Chris Durban
Un autre ouvrage que je n'ai pas lu, mais Chris est tellement respectée dans le monde de la traduction que je ne doute pas un instant de son intérêt.
- The Entrepreneurial Linguist de Judy et Dagmar Jenner.
Devinez quoi… je ne l'ai pas lu ! Cependant, de nombreux collègues le trouvent excellent.
Comme je me suis quelque peu absentée des médias sociaux ces derniers mois, je ne suis pas forcément au courant des nouveaux blogs ou sites traitant de la carrière de traductrice. Si vous en connaissez de bons, je vous serai reconnaissante de les mentionner dans les commentaires.
Astroturfing
1 septembre 2011
Les anglophones font-ils preuve de plus de créativité dans leur utilisation de la langue ? Je n’en suis pas sûre, mais certains des termes anglais qui sont créés pour désigner des concepts et idées novateurs sont tout simplement parfaits. Astroturfing en est un excellent exemple, même s’il est loin d’être nouveau, vu qu’il remonte à 1985 : il fait référence au terme grassroots, qui désigne un mouvement de la base, et vient d’AstroTurf, la marque de pelouse synthétique utilisée sur les terrains de sport. Sa signification est donc limpide : il s’agit d’un « faux mouvement citoyen » conçu pour donner l’impression qu’il est spontané et vient de la base. Ses membres sont présents dans les médias et sur l’internet, où ils « partagent » leurs expériences afin de générer un buzz autour d’un produit ou d’une idée.
L’astroturfing soulève de nombreux problèmes, mais je ne vais pas les détailler, car ils ont déjà fait l’objet de nombreux articles. En tant que traductrice française et passionnée de la langue, ce qui m’intéresse, c’est le nom pris par ce concept dans ma langue maternelle. En effet, il est récemment revenu sur le devant de la scène avec la montée en puissance des médias sociaux, terrain particulièrement fertile pour ce genre d’activité. L’équivalent français de grassroots n’étant pas un terme figuré (parmi les traductions utilisées, on trouve « mouvement citoyen » « populaire » ou « communautaire »), il est difficile de jouer sur les mots en utilisant son « faux » équivalent (comme astroturf). Si la traductrice ne veut pas emprunter astroturfing et espérer que le lectorat saura de quoi il s’agit, elle peut utiliser une description, comme « stratégie de manipulation basée sur un mouvement citoyen d'apparence spontané, mais en réalité orchestré dans un but précis », mais c’est une solution un brin longuette.
Pour revenir à ma question du premier paragraphe, il existe un néologisme français que j’adore, parce qu’il est non seulement romantique, mais aussi incroyablement pratique pendant mon travail : il s'agit d'« internaute », qui, comme « astronaute » et « cosmonaute », renvoie à une personne voyageant dans un espace déterminé, dans ce cas sur l’internet. Web user est beaucoup plus prosaïque, vous en conviendrez.
Photo d'herbe synthétique de JPDaigle
Précédent
Traduction et éthique
23 août 2011

