Aujourd’hui j’ai dû traduire le mot hacker. Ces “nouveaux” termes liés à l’Internet, en général anglais, posent souvent problème, car au départ, personne n’est d’accord sur leur traduction ; il faut quelques années pour que le terme qui plaît le plus évince les autres. Celui-ci est d’autant plus difficile qu’il a deux visages : le “gentil” hacker, génie de la programmation qui démonte des systèmes juste pour montrer qu’il en est capable, et le “méchant”, hacker, qui sème la panique sur l’Internet pour s’amuser. Le contexte de mon document indiquait clairement qu’il s’agissait plutôt du deuxième.
Wikipedia donne “bidouilleur” comme traduction. Elle ne me plaît pas du tout, car elle n’indique pas clairement que ce sont des programmes informatiques qu’on bidouille. Cet article donne un lien menant à la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, une organisation dont j’ignorais l’existence. Elle “est chargée de coordonner la politique culturelle en faveur des langues régionales ou minoritaires”. Le site comporte une base de données terminologiques appelée CRITER qui “comprend l’ensemble des termes publiés au Journal Officiel par la Commission générale de terminologie et de néologie, soit près de 3 000 termes français avec leur définition et leurs équivalents en langue étrangère” .
J’y ai recherché le mot hacker, qui est traduit par “fouineur”. Le plus intéressant, c’est que leur source pour ce terme est l’Office québécois de la langue française. Je n’ai bien entendu rien contre mes cousins canadiens et leur version du français, mais il est indéniable qu’au fil des ans, elle s’est écartée du “français de France”, à tel point que je serais bien incapable de traduire un document pour un public canadien. Je me demande si le dynamisme montré par les Canadiens francophones et leur passion pour la défense de leur langue (voir le très respecté et utile Grand dictionnaire terminologique) pourrait mener à une “canadianisation” du français de France.
Enfin, fouineur ne me plaît pas non plus ; je trouve ce terme trop complaisant pour le type de personne décrit dans mon document (quelqu’un qui sème le désordre pour s’amuser). J’ai donc opté pour pirate informatique ; je pense qu’il traduit mieux ce type de personnage sans foi ni loi que les trop positifs fouineur et bidouilleur.

De | 2016-10-18T15:51:39+00:00 8 novembre 2004|Mots|9 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

9 Réaction

  1. chris waigl novembre 8, 2004 à 7:24

    Le choix pirate informatique me semble très bien dans la mesure que le terme pirate est historiquement employé pour signifier (cf. Trésor de la langue française):
    Vieilli. Individu qui s’empare du contenu des oeuvres artistiques ou intellectuelles en les copiant ou les plagiant, ou en les reproduisant illicitement. Beau tableau à faire: la canaille littéraire; Ne pas oublier un portrait de Forgues, le pirate, l’écumeur de lettres (BAUDEL., Coeur nu, 1867, p.661).
    aussi bien que
    [S’emploie pour indiquer que l’existence du référent du subst. résulte d’une infraction délibérée à la législation ou à une règle implicitement établie] Synon. hors-la-loi. Édition-pirate; taxi-pirate; radio-pirate, émission pirate.

  2. Ivan Favennec novembre 9, 2004 à 12:20

    Bonsoir Céline
    C’est toujours un grand plaisir que de vous lire. Bravo pour avoir trouvé pirate informatique. Je vous propose “pirateur informatique” qui me parait plus proche de la définition anglaise.
    Ivan Favennec

  3. céline novembre 9, 2004 à 7:51

    chris : merci pour ces références très intéressantes.
    Ivan : même si j’aimerais bien avoir fait preuve de créativité une fois dans ma vie, je ne pense pas pouvoir m’attribuer la création de “pirate informatique”, que j’ai lu et entendu des centaines de fois. Je suis d’accord avec vous : “pirateur” serait plus proche de l’anglais, mais je trouve “pirate” plus joli. Entre fidélité au texte source et élégance de la phrase, le choix est parfois difficile.

  4. Camille novembre 14, 2004 à 6:35

    La “canadianisation” du français de France est déjà commencée! Un bon exemple : l’utilisation en France de notre “courriel” (proposé en 1996 à l’Université de Montréal) plutôt que “mail” est très répandue.
    La récente thèse de doctorat de notre chère Marie-Éva de Villers démontre que le français du Québec ne différe pas autant que l’on pense de celui de la France.

  5. zbynek novembre 23, 2004 à 2:54

    Bravo pour votre site. Etant moi-même traducteur – moi, c’est vers le tchèque 😉 – en général, je n’aime pas trop la “belletrisation” de notre métier car c’est rarement intéressant, surtout pour quelqu’un qui pense en avoir fait le tour (après bientôt 20 ans). Votre site me fait changer d’avis. Vous le faites avec humour, intelligence et générosité! (C’est vous qui dites quelque part “même si j’aimerais bien avoir fait preuve de créativité une fois dans ma vie…?) Non seulement vous êtes une créative mais on devine les soins que vous apportez à tout ce que vous faites. Bravo et surtout continuez! Sans oublier Jemima qui donne une facture, simple, jolie et claire à ce contenu très intéressant. Merci et naschledanou, j’espère!

  6. Vic novembre 23, 2004 à 4:28

    Moi je suis très loin d’être un traducteur… En fait je suis pouri en francais. Mais en tant que Québecois j’aime utiliser les mots français le plus possible. J’enrage quand j’entend shoping, parking, cake, Ice-Thea, drug-store, … en France.
    Mais bon, Hacker, honetement je ne vois aucune traduction satisfesante. Je pense que qu’il faut garder le mot original. D’ailleur comme au commencement une comunauté proche de la secte s’est développé autour de ce mot, c’est devenu presqu’un nom propre. On ne va pas se mettre a traduire le nom du groupe The Beattles en Les Bestioles.
    D’apres moi il faut utiliser le moins possibles de mots Anglais, mais dans ce cas, c’est le meilleur choix.

  7. Yann janvier 19, 2005 à 3:44

    deux commentaires si vous me permettez
    a) vous n’aimez pas “bidouilleur” comme traduction de “hacker” – c’est pourtant (même s’il est peut fréquent) le mot argotique utilisé dans le milieu des “hackers” – donc votre proposition “pirate informatique” me semble ok (bien qu’un peu trop générique), mais à n’utiliser plutôt qu’en direction d’un milieu profane
    b) je suis surpris de la traduction de “hacker” par “fouineur” – ceci me semble être une grâve erreur : le fouineur tout comme le butineur et le fureteur c’est un navigateur, donc une traduction de “browser”

  8. céline janvier 19, 2005 à 4:33

    Bonjour Yann, je suis également surprise par “bidouilleur” comme traduction de “hacker”, mais que voulez-vous. Quant à “bidouilleur”, merci de m’apprendre qu’il s’agit du mot préféré des “hackers” – c’est noté !

  9. Deshayes Jean-Paul août 8, 2005 à 11:48

    A propos de “bidouilleur” pour hacker :
    À l’origine, programmeur de génie, terme parfois employé pour bidouilleur. Le terme de Hacker a perdu son prestige depuis le Crackdown de 1990, lorsque le système téléphonique US a globalement disjoncté, du fait d’une erreur de programmation des opérateurs, qui accusèrent pourtant le monde des BBS. Désormais, et surtout du fait des journalistes, le terme désigne surtout les pirates des réseaux. Voir aussi cracker.
    Les hackers existent depuis longtemps : bien avant les ordinateurs, ils bidouillaient déjà, entre autres, les tableaux de commande des ascenseurs, de sorte que le fait d’appuyer sur un bouton pouvait vous envoyer à peu près n’importe où entre le rez-de-chaussée et le dernier étage…
    # 2. np. m.
    Jeu de rôle mis au point par Steve Jackson. Selon un agent de l’USSS, c’est : « A handbook for computer crime » (un manuel de crime informatisé). Il aurait encore mieux fait de se taire.
    BIDOUILLEUR:
    [ARGOT] programmeur qui emploie des méthodes de travail peu orthodoxes, incompréhensibles par quelqu’un d’autre que lui, puisqu’il ne documente jamais son code. Naturellement, celui-ci devient rapidement un rébus pour lui aussi. S’il peut résoudre de petits problèmes, il ne peut pas travailler en groupe. Quand quelqu’un traite un individu de bidouilleur, c’est péjoratif. Quand on se traite soi-même de bidouilleur, cela ne l’est plus du tout…
    Le hacker est effectivement un “pirate informatique”
    Complément d’info:
    Le terme «hacker» est souvent utilisé pour désigner un pirate informatique. Les victimes de piratage sur des réseaux informatiques aiment à penser qu’ils ont été attaqués par des pirates chevronnés ayant soigneusement étudié leur système et ayant développé des outils spécifiquement pour en exploiter les failles.
    Le terme hacker a eu plus d’une signification depuis son apparition à la fin des années 50. A l’origine ce nom désignait d’une façon méliorative les programmeurs émérites, puis il servit au cours des années 70 à décrire les révolutionnaires de l’informatique, qui pour la plupart sont devenus les fondateurs des plus grandes entreprises informatiques.
    C’est au cours des années 80 que ce mot a été utilisé pour catégoriser les personnes impliquées dans le piratage de jeux vidéos, en désamorçant les protections de ces derniers, puis en en revendant des copies.
    Aujourd’hui ce mot est souvent utilisé à tort pour désigner les personnes s’introduisant dans les systèmes informatiques
    Les différents types de pirates
    En réalité il existe de nombreux types d’attaquants” catégorisés selon leur expérience et selon leurs motivations :
    • Les white hat hackers, hacker au sens noble du terme, dont le but est d’aider à l’amélioration des systèmes et technologies informatiques, sont généralement à l’origine des principaux protocoles et outils informatiques que nous utilisons aujourd’hui. Le courrier électronique en est un exemple
    • Les black hat hackers, plus couramment appelés pirates (ou appelés également crackers par extension du terme), c’est-à-dire des personnes s’introduisant dans les systèmes informatiques dans un but nuisible
    o Les Script Kiddies (traduisez gamins du script, parfois également surnommés crashers, lamers ou encore packet monkeys, soit les singes des paquets réseau) sont de jeunes utilisateurs du réseau utilisant des programmes trouvés sur Internet, généralement de façon maladroite, pour vandaliser des systèmes informatiques afin de s’amuser.
    o Les phreakers sont des pirates s’intéressant au réseau téléphonique commuté (RTC) afin de téléphoner gratuitement grâce à des circuits éléctroniques (qualifiées de box, comme la blue box, la violet box, …) connectés à la ligne téléphonique dans le but d’en falsifier le fonctionnement. On appelle ainsi «phreaking» le piratage de ligne téléphonique.
    • Les carders s’attaquent principalement aux systèmes de cartes à puces (en particulier
    o les cartes bancaires) pour en comprendre le fonctionnement et en exploiter les failles. Le terme carding désigne le piratage de cartes à puce.
    o Les crackers ne sont pas des biscuits apéritifs au fromage mais des personnes dont le but est de créer des outils logiciels permettant d’attaquer des systèmes informatiques ou de casser les protections contre la copie des logiciels payants. Un «crack” est ainsi un programme créé exécutable chargé de modifier (patcher) le logiciel original afin d’en supprimer les protections.
    • Les hacktivistes (contraction de hackers et activistes que l’on peut traduire en cybermilitant ou cyberrésistant), sont des hackers dont la motivation est principalement idéologique. Ce terme a été largement porté par la presse, aimant à véhiculer l’idée d’une communauté parallèle (qualifiée généralement de underground, par analogie aux populations souterraines des films de science-fiction.
    Dans la réalité ce type de distinction n’est bien évidemment pas aussi nette, dans la mesure où certains (white hat) hackers ont parfois été crackers (black hat hackers) auparavant et parfois inversement. Les habitués des listes de diffusion et des forums voient souvent des sujets à propos de la différence qu’il convient de faire entre pirate et hacker. Le terme de troll est généralement utilisé pour désigner les sujets délicats déclenchant un engouement dans les réponses.
    Quelques exemples de trolls :
    • je me suis fait pirater par un hacker
    • Windows est-il plus robuste que Mac ?
    Mieux vaut-il utiliser PHP ou ASP ?

Les commentaires sont fermés.