J’étais en train de rechercher l’origine du mot pique-nique (picnic vient-il de pique-nique ou l’emprunt s’est-il fait dans l’autre sens ?) quand je suis tombée sur un document affirmant qu’il venait d’une coutume de l’Oklahoma, qui voulait qu’on prenne un repas à l’extérieur le vendredi soir avant de lyncher un Noir. Selon cette explication, picnic serait la contraction de pick a nigger. Cependant, c’est complètement faux : picnic vient bien de pique-nique (de piquer et nique, « petite chose sans intérêt »).
Cela m’a rappelé l’expression to call a spade a spade : certains pensent qu’à l’origine, spade représentait le pique des cartes à jouer et par extension, toute personne noire, mais comme je l’explique dans les commentaires de mon billet anglais, j’ai trouvé que cette explication était complètement fausse.
Il existe une autre expression dont on croit, à tort, qu’elle est raciste : nitty-gritty, qui est censée faire référence à ce qui restait dans les bateaux du temps de l’esclavage une fois que les esclaves vivants avaient débarqué. Cependant, cette origine est fort douteuse, le terme ayant fait son apparition pour la première fois en 1956, si l’on en croit le Random House Historical Dictionary of American Slang (via World Wide Words).
Un nouvel exemple de langage accusé à tort d’être raciste : un fonctionnaire de Washington a dû démissionner après avoir utilisé le mot niggardly (mesquin, rien à voir avec nigger) durant une réunion professionnelle (voir l’article du Washington Post).
Je me pose donc la question suivante : pourquoi tous ces mythes entourant des expressions et mots parfaitement inoffensifs ? Pour niggardly, je comprends qu’on puisse se tromper, mais en ce qui concerne les expressions citées, pourquoi inventerait-on des origines, qui bizarrement, découlent toutes d’une époque où l’esclavage et le racisme faisaient loi ?

De | 2016-10-18T15:51:02+00:00 28 juin 2005|Expressions idiomatiques|9 Comments

À propos de l'auteur:

Celine

Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

9 Réaction

  1. jean-paul juin 28, 2005 à 3:20

    Va-t-on devoir rebaptiser “Ten Little Niggers,” le roman d’Agatha Christie?
    L’incident du “niggardly” montre l’étonnant degré d’ignorance de certains Américains pour leur langue quoique chez nous… J’ai assisté à cet échange véridique dans une mairie de France:
    – c’est votre épouse? demande la préposée
    – non, c’est ma concubine, répond le monsieur
    – soyez poli, s’il vous plaît, rétorque la préposée outragée.
    et au bureau de poste
    – moi: je voudrais envoyer ce colis en Écosse
    – elle (s’adressant à sa collègue): c’est en Angleterre, l’Écosse?

  2. jean-paul juin 28, 2005 à 3:25

    Autre exemple d’absurdité linguistique: “a humanitarian disaster” qui a fait son chemin… en ravageant tout sur son passage!!

  3. Chris Waigl juin 28, 2005 à 4:19

    Il y avait des discussions sur “picnic” sur la liste de diffusion de la American Dialect Society (tu n’aimes pas les liens… d’accord… http://listserv.linguistlist.org/cgi-bin/wa?S1=ads-l est le serveur de recherche) : “picnic” n’est pas d’origine raciste.
    Mais pour “call a spade a spade”, j’ai cessé de l’employer. J’en connais trop de noirs qui se sont faire traiter de “spade” pendant leur jeunesse, et du moins à cette époque, il était clair que ceux qui utilisèrent la locution ne pensèrent pas à l’outil de jardinage.

  4. céline juin 28, 2005 à 4:41

    Tu as raison Chris, autant ne pas utiliser une expression qui peut être blessante, il y en a d’autres. Ce n’est pas du politiquement correct, c’est faire preuve de sensibilité envers les sentiments des autres, de respect.

  5. Xavier Kreiss juillet 1, 2005 à 1:49

    “Political correctness gone mad”: l’idée de censurer la langue pour éviter d’offenser… Oui, il existe des termes injurieux, ils sont connus, il faut les proscrire. Mais un peu de bon sens ne fait pas de mal .
    D’abord, il est tout à fait possible (et condamnable) d’offenser les gens en utilisant des termes d’une “correction” irréprochable. Les mots sont moins importants que l’intention de ceux qui les emploient.
    Comme le disait Humpty Dumpty, “quand j’emploie un terme, il a le sens que je veux lui donner, rien de plus, rien de moins”.
    Mais pour en revenir aux mots jugés (aujourd’hui) dangereux: Chris fait preuve d’une considération tout à fait louable. Si on peut éviter certains mots qui risquet d’offenser, évitons-les. Il y a généralement des moyens de contourner ce genre d’écueils. Mais n’allons pas trop loin. “Spade” veut dire “pelle”. Comment va-ton communiquer dans les chantiers de construction, par exemple, si on supprime ce mot pour éviter d’offenser les ouvriers noirs? “Pass me the digging implement” ou “the hand-held excavating tool”?
    Certains ont si peur d’être taxés de racisme qu’ils en viennent à parler d’une façon grotesque. Le terme “African American”, utilisé aux Etats Unis, me hérisse. Bien sûr, les gens sont libres de parler comme bon leur semble, mais que penser de cette journaliste américaine qui couvrait l’investiture de Nelson Mandela en Afrique du Sud, en 1994 ? Politiquement correcte jusqu’au bout des ongles, elle avait parlé du “first African American president of South Africa”… Je parie que personne ne lui a fait la moindre remarque – au moins, elle n’avait pas utilisé le mot “black”…
    A propos (et pour montrer que je n’ai rien contre certains néologismes) , il y a quelques années, Lord Taylor, juriste d’origine antillaise, avait proposé un terme pour désigner les Britanniques originaires des Antlles ou d’Afrique. L’idée, avancée avec un certain humour, n’a pas été retenue. Dommage. J’aurais bien aimé voir “Afro-Saxon” entrer dans le vocabulaire…

  6. Dominique juillet 1, 2005 à 7:39

    J’ai déjà rencontré cette version fausse de l’origine du mot. J’avais écrit alors un article sur un forum afin de la signaler :
    http://groups.google.fr/group/fr.lettres.langue.francaise/browse_frm/thread/59496ffffd82d8f2/b679d45f35e1c612?q=%22pick+a+nigger%22+group:fr.*&rnum=1&hl=fr#b679d45f35e1c612

  7. Ignare juillet 4, 2005 à 3:56

    Dans la catégories des origines douteuses, je pense que l’on peut ajouter la fable du golf, que certains prétendent être l’acronyme de “Gentlemen Only, Ladies Forbidden”, ou du mot fuck qui serait là aussi un acronyme, “Fornication Under Consentment of the King” accroché à la porte des prisonniers aui auraient eu visite de leur épouse. Ces légendes ont la vie dure…

  8. Ignare juillet 4, 2005 à 3:57

    Dans la catégories des origines douteuses, je pense que l’on peut ajouter la fable du golf, que certains prétendent être l’acronyme de “Gentlemen Only, Ladies Forbidden”, ou du mot fuck qui serait là aussi un acronyme, “Fornication Under Consentment of the King” accroché à la porte des prisonniers qui auraient eu visite de leur épouse. Ces légendes ont la vie dure…

  9. Constance juillet 7, 2005 à 10:34

    Peut etre que à l’origine “call a spade a spade”, ou picnic, n’avaient effectivement rien à voir avec une quelconque idée raciste, mais que à une période donnée, dans certains milieux ou régions, l’expression a été assimilée ou meme utilisée par les lyncheurs de l’Oklahoma ou par les racistes de tous les états unis. Et ceux qui se seraient penchés sur l’histoire de ces expressions auraient découverts ces utilisations en pensant qu’elles sont à l’origine de l’expression, et non une dérivation…

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