J’aime beaucoup éditer les traductions de collègues, car cela me permet de partir à la chasse aux coquilles et autres erreurs grammaticales et d’améliorer le style d’un texte, ce qui est facilité par le fait que je n’ai pas déjà passé des heures sur le document. Plus je passe de temps à travailler sur une traduction, plus j’ai du mal à prendre du recul et à l’analyser avec froideur et objectivité. C’est la raison pour laquelle j’essaie, autant que possible, de laisser s’écouler une journée entre l’avant-dernière et la dernière relecture d’une traduction, que j’effectue juste avant de l’envoyer. L’édition me permet également de découvrir les techniques d’autres personnes face à certains problèmes de traduction, ce qui m’aide à améliorer mes propres procédés et mon style.
Cependant, si je peux donner un conseil aux collègues débutant(e)s (et confirmé(e)s !), c’est le suivant : n’acceptez jamais d’éditer un texte sans vous être assuré(e) que la traduction est décente. Le travail d’une éditrice consiste à améliorer une traduction, pas à la refaire.
On m’a récemment offert d’éditer un document. J’ai jeté un coup d’œil aux deux premières pages, qui me semblaient convenables ; je ne suis donc pas allée jusqu’au bout, et j’ai accepté le travail. Malheureusement, je me suis rendu compte au bout de quelques pages que la traduction était de mauvaise qualité et complètement littérale. À ceci venait s’ajouter le fait que le texte anglais était très mal écrit. On pourrait dire qu’en tant que traductrice, mon devoir est de rester aussi fidèle au texte que possible ; si le document source est mal rédigé, la traduction devrait refléter cet état de fait. Je ne souscris pas à ce point de vue : mon travail consiste à produire des documents châtiés, d’un standard élevé et qui pourraient passer pour des originaux. Si un document source est mal rédigé, ce n’est pas parce qu’on voulait qu’il le soit mais parce que quelqu’un, à un moment donné, a mal fait son travail.
Mon dilemme était le suivant : ma cliente et moi avions convenu d’une certaine échéance (je facture ce type de tâche à l’heure, vu que le nombre de mots n’est pas un critère précis) mais je savais maintenant que j’étais incapable de la respecter. J’ai eu de la chance : ma cliente s’est montrée très compréhensive et a accepté de modifier les termes de notre contrat.

De | 2016-10-18T15:51:24+00:00 22 février 2005|La traduction freelance|5 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

5 Réaction

  1. fredoche février 22, 2005 à 12:01

    J’ai les mêmes soucis: je traduis pour un journal, et parfois les articles originaux sont d’une qualité plus que piteuse… Je le signale alors au rédacteur en chef francophone, qui fait son boulot: les textes étant courts il est facile de les reprendre.
    Question relecture, je laisse aussi passer une nuit entre la fin de la première traduction (souvent trop littérale) et la relecture/edition: on est moins rapide mais le texte final est bien meilleur!

  2. S.L. février 22, 2005 à 3:32

    Ton article m’interpelle. Je suis d’accord avec toi, sur tout. A ce sujet, j’aimerais simplement ajouter que parfois, certains “relecteurs” semblent n’avoir en tête que de critiquer la traduction de quelqu’un d’autre, croyant que la maxime “L’erreur est humaine” ne s’applique pas à eux. Ils trouvent certaines fautes inexcusables, pourtant il faut les excuser si on en trouve chez eux. Bien que moi-même très consciencieuse et soucieuse d’offrir des traductions de qualité, j’ai dû faire face à des critiques de mon travail par des relecteurs qui trouvaient beaucoup trop à redire à mon goût. Je viens d’en faire l’expérience aujourd’hui et je suis très en colère, le ton de mon message vous en faisant part, car on a vraiment l’impression que dans le monde de la traduction, les loups se mangent entre eux…

  3. Philippe février 22, 2005 à 4:17

    J’ai la chance d’avoir une femme traductrice elle aussi, du coup nous travaillons souvent en binôme (elle traduit, je relis et vice-versa) et cela n’a jamais engendré de scènes de ménage, mais effectivement nous avons la chance de travailler dans cette configuration. Je plains les traducteurs soumis à des relecteurs peux scrupuleux qui trouvent intelligent de les rabaisser histoire de récupérer leur client ou tout simplement de se faire mousser.

  4. céline février 22, 2005 à 4:34

    Ouh la la, l’animosité envers les relecteurs et relectrices ! Laissez-moi préciser que bien entendu, toutes mes traductions se font relire et que donc je sais de quoi vous parlez.
    Je fais très attention à n’apporter que des corrections que je peux justifier par la suite et à ne surtout pas chercher des poils sur les œufs, car je sais parfaitement, étant traductrice moi-même, qu’il est très désagréable de se voir accuser d’avoir fait du mauvais boulot alors qu’en fait, il ne s’agit que de préférences stylistiques discutables, par exemple.
    Il m’est arrivé une fois de devoir confronter un relecteur de langue maternelle anglaise qui avait apporté des tas de corrections plus que discutables à mon travail et qu’il s’agit d’une expérience plutôt désagréable… j’ai expliqué calmement à ma cliente qu’elle n’aurait pas dû confier mon travail à un anglophone (tout bardé de diplômes qu’il était) et je suis parvenue à sauvegarder ma réputation, mais j’étais furax quand j’ai vu comment il avait massacré ma jolie traduction !

  5. S.L. février 22, 2005 à 5:08

    Merci. Vos commentaires me rassurent. En fait, pour tout vous dire, je suis en train de relire ma traduction révisée, et, comble d’ironie, la relectrice a introduit des erreurs. Mais j’ai tendance à penser qu’on a tous droit à l’erreur, seulement quand on est prêt à admettre les siennes. Je pardonne tout, mais là, c’est comme quand un prof vous colle une mauvaise note car il n’aime pas votre tête ( je suis prof aussi, et je ne l’ai jamais fait, mais en ai fait l’expérience dans ma scolarité). Je relativise, et ça m’a fait du bien de vous en parler.
    Je suis très déçue quand même.

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