Transblawg nous informe du fait que le Bureau des brevets et des marques commerciales américain a rejeté le nom « Dykes on Bikes » (Gouines à moto) car le mot « dyke » est vulgaire, insultant et « scandaleux ».
Je ne doute pas que les avocats en question soient très intelligents, mais il ne suffit pas de brandir un dictionnaire indiquant qu’un terme est désobligeant pour avoir raison. Le fait est qu’il est possible de transformer certaines insultes en outils puissants d’identification grâce au processus de récupération. Si ces motardes se reconnaissent dans le nom « dykes », c’est faire preuve d’une incroyable condescendance que de leur dire qu’elles ont tort. Pour reprendre Charlotte : « se réapproprier complètement de tels mots leur confère une profondeur et une pluralité sémantique qui peut aider certaines personnes à transformer la douleur en pouvoir. »
Je me demande si c’est ce qui inquiète vraiment ces juristes bien-pensants et sans aucun doute hétérosexuels : la pensée que ces lesbiennes puissent être bien dans leur peau et utiliser le langage pour revendiquer leur identité.

De | 2016-10-18T15:50:56+00:00 20 juillet 2005|Culture|7 Comments

À propos de l'auteur:

Celine

Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

7 Réaction

  1. Solveig juillet 20, 2005 à 8:57

    Merci pour cet article 🙂
    Les insultes se réapproprient : à la queeruption, les termes de “dyke” ou “faggot” s’échangeaient sans arrêt – sans oublier “queer” bien sûr… je trouve ça insultant, au contraire, qu’un juriste se permette d’interdire une auto-définition.

  2. Xavier Kreiss juillet 21, 2005 à 2:00

    Entendu aujourd’hui sur Radio4 (“You and Yours” je crois) : Une entreprise américaine se fait taper sur les doigts parcequ’elle a fabriqué un fauteuil roulant appelé “Spaz”.
    Le terme, généralement, est assez insultant (dérivé de “spastic”) et désigne les personnes handicapées. Mais certains jeunes dans ce cas semblent l’avoir plus ou moins adopté. En tout cas, les objections viennent surtout des parents, de handicapés plus vieux, et de… non-handicapés.

  3. jean-paul juillet 22, 2005 à 9:48

    Y aurait-il un courageux/ une courageuse qui dresserait une liste de tous ces euphémismes grotesques? Je me souviens qu’à l’époque où j’étais assistant dans un collège du Surrey, ma landlady (qui devait avoir dans les 70 ans) utilisait parfois, mais sourire aux lèvres, le terme de “unmentionables” pour parler de… pantalon!
    Quelle absurdité d’en arriver à des “visually challenged” pour désigner les malvoyants ou à des “techniciens de surface” pour nommer les balayeurs. Ce cher Molière se moquait déjà de cette tendance dans “Les Précieuses Ridicules.” Il faut croire que de nos jours, surtout aux USA, le ridicule ne tue plus… dommage!!

  4. Xavier Kreiss juillet 22, 2005 à 10:40

    Cher Jean-Paul,
    Tout à fait d’accord! Mais si le ridicule tuait, ce serait une hécatombe !
    En repensant à “spastic”: le terme avait été remplacé par “disabled” – puis (dans certains cas) par “differently abled”. Aaargh..
    Un homme a voulu s’insurger contre cette hypocrisie bien-pensante. Le regretté Ian Dury a poussé un grand cri de colère durant les années 80. S’inspirant du personnage de Spartacus, il s”est insurgé, lui aussi, avec “Spasticus Autisticus”.
    “I’m spasticus autisticus
    I dribble when I nibble
    And I quibble when I scribble
    Hello to you out there in Normal Land
    You may not comprehend my tale or understand
    As I crawl past your window give me lucky looks
    You can be my body but you’ll never read my books”
    (…)
    “I’m knobbled on the cobbles
    Cos I hobble when I wobble
    Swim! So place your hard-earned peanuts in my tin
    And thank the Creator you’re not in the state I’m in ”
    On voit qu’il avait un certain talent et un vocabulaire très riche. La BBC s’est empressée d’interdire la chanson d’antenne. Les gens qui ont pris la décision étaient sans doute des “non-handicapés”.
    Ian Dury, lui, savait de quoi il parlait. Il avait eu la polio quand il était petit.

  5. jean-paul juillet 22, 2005 à 2:00

    C’est en lisant les articles relatant les attentats terroristes que j’ai découvert que les intégristes musulmans nous* ont affublés du titre de “Croisés.” Plutôt flatteur, non?
    * nous= les Blancs

  6. céline juillet 22, 2005 à 3:57

    Flatteur, de se faire comparer à une bande d’assoiffés de pouvoir qui, pendant deux siècles, ont semé la mort et le malheur au Proche-Orient sous couvert de religion?

  7. jean-paul juillet 22, 2005 à 4:28

    Sans aller jusqu’au Proche-Orient, on a eu droit à une sacrée dose de fanatisme religieux en Europe avec les guerres de religion, l’Inquisition, etc..
    Cela dit, il y a aujourd’hui une bande d’assoifés de ??? (mais, de quoi, au juste???)qui sèment actuellement la mort et le malheur en Occident sous couvert de religion.
    Existe-t-il une expression “politiquement correcte” pour ne pas vexer ces pauvres “martyrs de L’islam?”

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