Oubliette (de oublier)
Fosse couverte d’une trappe basculante où l’on faisait tomber ceux dont on voulait se débarrasser.
Difficile d’imaginer un pire endroit où passer un moment tranquille, pas vrai ? À ma grande surprise, un ami anglais l’a utilisé ce week-end au cours d’une conversation ; je ne savais pas qu’il avait été emprunté en anglais, mais maintenant que je me suis penchée sur son cas, je comprends pourquoi : il n’a pas d’équivalent en anglais.
L’étymologie de ce mot est très intéressante : il est composé d’oublier et du suffixe diminutif –ette, qui indique une version réduite du mot auquel il est attaché, comme dans fourchette (petite fourche), statuette (petite statue), maisonnette (petite maison), jardinet (petit jardin), etc.
Cependant, les suffixes diminutifs ont une charge émotionnelle, et on les utilise souvent pour exprimer son affection, comme avec minette et poulette, par exemple. Maisonnette évoque l’image d’une ravissante petite maison plutôt que celle d’un abri délabré. C’est pour cela qu’oubliette est un mot qui semble empreint de contradiction : la touche de tendresse que renferme le préfixe –ette cadre mal avec l’horreur de ce que le mot représente : un joli petit endroit où meurent les oubliés.

De | 2016-10-18T15:50:59+00:00 4 juillet 2005|Mots|1 commentaire

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

Un commentaire

  1. jean-paul juillet 4, 2005 à 2:36

    il y avait aussi, d’un nom moins tendre mais plus précis, le terrible MALCONFORT:
    Définition: cellule de basse-fosse qu’au moyen âge on appelait le malconfort. En général, on vous y oubliait pour la vie. Cette cellule se distinguait des autres par d’ingénieuses dimensions. Elle n’était pas assez haute pour qu’on s’y tînt debout, mais pas assez large pour qu’on pût s’y coucher.
    (CAMUS)

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