Ces jours-ci, l’importance du langage utilisé dans l’arène politique est plus évidente que jamais. Impossible d’écouter une émission de radio ou de télévision française sans entendre les mots « racaille » et « kärcher », utilisés en juin par Nicolas Sarkozy, le ministre de l’Intérieur français, dans le cadre des problèmes dans les banlieues.
Ces commentaires ont été applaudis par une partie de la population, qui apprécie le style direct de M. Sarkozy. Pourquoi, après tout, ne pourrait-il pas se servir du langage que tout le monde utilise ? On sait bien qu’il y a d’énormes problèmes dans les banlieues, où le chômage et les trafiquants de drogue font des ravages. Pourquoi ne pas appeler un chat un chat ?
Pour moi, le point principal est que certains mots n’ont pas la même valeur ou dimension dans toutes les bouches. Je trouverais normal d’entendre une personne dans un café utiliser des termes simplistes et émotionnels pour parler d’un problème dont elle a sans doute une vision simpliste et émotionnelle. Cependant, entendre l’un des hommes à la tête de votre pays (et qui ne cache pas ses intentions de devenir un jour président) exploiter un tel registre est une autre paire de manches. C’est un homme intelligent, élu pour gouverner un pays de 60 millions d’habitants. Je sais bien qu’il est de droite, et son choix lexical reflète sans doute ses croyances profondes et celles des personnes qui ont voté pour lui. Cependant, vu le rôle qui est le sien, on pourrait s’attendre à ce qu’il soit capable d’utiliser un langage visant à calmer le jeu, plutôt que d’envenimer la situation en exprimant son dégoût et son mépris envers une partie de la population à travers des mots aussi insultants.
Dans ce contexte épineux, il est crucial de bien choisir ses mots. Un langage simpliste, émotionnel, sans concessions semble n’avoir réussi qu’à envenimer la situation en exacerbant la frustration, non seulement des personnes visées, mais également des banlieusards respectueux des lois qui, sans le mériter, se retrouvent dans le même sac que la racaille. Il sera intéressant de voir dans l’immédiat comment le gouvernement va régler cette crise, et au plus long terme, si le langage choisi par Sarkozy aura un impact sur ses ambitions politiques.
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De | 2016-10-18T15:50:41+00:00 7 novembre 2005|Mots|7 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

7 Réaction

  1. céline novembre 7, 2005 à 3:34

    A lire, cet excellent billet de Jean Véronis, que je découvre à l’instant: http://aixtal.blogspot.com/2005/11/lexique-le-raseur-et-la-racaille.html La discussion qu’il provoque est également révélatrice des tensions suscitées par une certaine utilisation du langage.

  2. Bruno novembre 8, 2005 à 9:48

    Merci pour ce billet très intéressant comme toujours, Céline. Juste un petit détail cependant: tu as inclus le point final de ta phrase dans le lien, ce qui fait qu’un simple clic dessus ne fonctionne pas, il faut aller virer le point, non pas au kärsher, mais à la main. 🙂 dans la barre de navigation.

  3. céline novembre 8, 2005 à 10:23

    Merci Bruno, c’est réparé.

  4. 101010 novembre 10, 2005 à 5:53

    Bonjour,
    Je découvre et me dit que je repasserai certainement…
    Au passage merci, je m’arrachais les cheveux sur “entre chien et loup” depuis une bonne heure ;]

    Bien que je ne sois pas franchement Sarkozyen, j’ai trouvé que l’éclairage apporté par le dernier Arrêt Sur Images assez instructif. L’emission est disponible en ligne dans son intégralité jusqu’à la fin de la semaine, libre à vous…

  5. 101010 novembre 10, 2005 à 6:13

    ‘ Sarkozyste ‘ ?
    Bah…

  6. céline novembre 10, 2005 à 6:47

    C’est vrai que ça ajoute du contexte et que c’est important, mais quand même, il aurait pu être un peu plus prudent…

  7. hdp novembre 27, 2005 à 6:22

    Personnellement, le mot de “racaille” ne me choque pas du tout. J’y vois au contraire un euphémisme.
    Non, ce qui me choque, c’est Sarkozy parle tant et agisse si peu. Il n’est qu’un épiphénomène de la société médiatique.
    Ce qui me choque vraiment c’est que la presse utilise de plus en plus le mot d’incivilité, qui désignait autrefois le fait de ne pas ôter son chapeau pour saluer quelqu’un dans la rue, pour désigner des délits ou crimes graves, comme le fait de lyncher quelqu’un en présence de sa femme et de sa fille.
    Il y a là une dérive grave des mots. Nos “naintellectuels” de gauche ne pouvant plus faire face aux faits, qui les dérangent, ils manipulent les mots pour rassurer, et pour se rassurer.

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