Comment crée-t-on un dictionnaire ? Comment fait-on la chasse à tous ces mots sans qu’aucun ne passe entre les mailles ? Voici le type de questions qui m’ont poussée à lire The Meaning of Everything, de Simon Winchester (en plus, c’était un cadeau d’anniversaire, et c’est malpoli de ne pas lire les ouvrages qu’on vous offre si généreusement).
Il raconte l’histoire de l’Oxford English Dictionary, un vrai monument, la référence majeure de la langue anglaise. Il est né du labeur de milliers de volontaires, qui ont lu la plupart des ouvrages publiés et écrits à l’époque pour y recueillir des exemples de mots et de leur utilisation, sous forme de citations organisées par les différents rédacteurs, et qui forment la majeure partie du dictionnaire.
Quelques chiffres et bribes d’information :

  • Le travail a commencé le 12 mai 1860, et la plupart des personnes concernées pensaient qu’il prendrait une dizaine d’années. Au bout du compte, il a nécessité 68 ans et 3 semaines de travail intense.
  • Vous trouvez ça long ? Le chantier du dictionnaire hollandais connu sous le nom de Woordenboek der Nederlandsche Taal a démarré en 1851 pour se terminer en 1998.
  • Il va de a à zyxt.
  • Le premier rédacteur a fait bâtir des casiers pour recueillir les 100 000 citations qu’on pensait nécessaires. En tout, ils en ont utilisé 6 millions, toutes envoyées par des volontaires.
  • On pensait que le dictionnaire contiendrait 7 000 pages ; le compte final a été de 15 490 pages.
  • On pensait qu’il coûterait environ £9 000 ; en fait, il a coûté £300 000.
  • Il contient 414 825 mots et 1 827 306 citations (sélectionnées à partir d’un total de 5 millions de citations).
  • James C. Gilbert a été recruté par le service imprimerie en qualité d’apprenti en 1882, et a commencé à travailler sur la lettre A. 46 ans plus tard, il était toujours là lorsqu’on a imprimé les derniers mots (commençant en W).
  • Il contient deux citations personnelles : James Murray travaillait sur le mot arrival quand son neuvième enfant est né, et il a inséré la phrase « the new arrival is a little daughter » (la nouvelle arrivée est une petite fille). Il avait salué l’arrivée d’une autre fille durant la lettre A avec « as fine a child as you will see ».
  • Le mot black a nécessité trois mois de travail incessant.
  • B a été l’une des lettres les plus difficiles.
  • La lettre S contient, de loin, le plus grand nombre de mots, suivie par C. Les sections les plus courtes sont X, Z, Y, Q, K, J, N, U et V.
  • L’un des principaux collaborateurs ayant travaillé sur le dictionnaire était W.C. Minor, qui travaillait depuis l’asile pour criminels aliénés de Broadmoor, où il était enfermé à perpétuité pour meurtre.
  • John Ronal Reuel Tolkien a travaillé pendant un an sur le dictionnaire en tant qu’assistant en 1919. Il a travaillé sur warm, wasp, water, wick, wallop et winter, ainsi que sur walnut, wampum et walrus.
De | 2016-10-18T15:50:49+00:00 22 septembre 2005|Langage|4 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

4 Réaction

  1. jujuly septembre 22, 2005 à 12:37

    hé bééé…
    Je suppose que les citations sont mises à jour et complétées régulièrement au fur et à mesure de l’évolution de la langue ?

  2. céline septembre 22, 2005 à 12:56

    Voui, constamment… c’est un sacré boulot.

  3. Abie septembre 22, 2005 à 6:46

    Merci pour la référence, je l’avais égarée… ce sera un cadeau parfait pour un ami à moi!

  4. Xavier Kreiss septembre 23, 2005 à 11:13

    Je ne manquerai pas de lire ce livre – j’attendrai sans doute qu’il sorte en pépèrebaque.
    Winchester n’en est pas à son premier ouvrage sur le sujet: ne pas manquer “The Surgeon of Crowthorne”, sur les personnages qui avaient collaboré à la rédaction de ce premier OED.
    L’un d’eux était un médecin, le docteur William Chester Minor – un Américain, qui avait été notamment médecin militaire durant la guerre civile dans son pays, avant de venir vivre au Royaume Uni. Il était cultivé, méticuleux, motivé, bref: un collaborateur idéal pour James Murray, le maître d’oeuvre du projet.
    Le bon docteur n’avait qu’un défaut: c’était un meurtrier déséqulibré qui travaillait du fond d’une cellule bourrée de bouquins dans l’ asile d’aliénés de Broadmoor, qui accueille les cas jugés dangereux.
    Mais personne n’est parfait…
    Ceux que ce sujet intéresse trouveront une foule de détails fascinants sur le médecin fou, et sur le OED.
    Et rappelons que le premier dictionnaire de la langue anglaise qui ait jamais été rédigé, celui de Samuel Johnson, a été réédité récemment :
    Il s’agit, en fait, d’une version abrégée, d’une sélection de définitions données dans l’ouvrage – qui était énorme.
    L’une des plus célèbres (pour le cas où vous ne connaîtriez pas encore ) :
    OATS. n.s. [a_en, Saxon.] A grain, which in England is generally given to horses, but in Scotland supports the people.
    Comme on dit : ” ouch! “.

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