Le site de la BBC nous informe du fait que des traductions officieuses du dernier Harry Potter sont actuellement en vente dans certains pays. Selon cet article, « les traductions officieuses omettent plusieurs paragraphes importants pour l’intrigue et contiennent des contresens, comme par exemple l’utilisation d”immortel’ au lieu de ‘mortel’ ». Aïe. Difficile à éviter, cependant : je doute que ces « traductions voyoutes » passent par les stades de relecture et d’édition auxquels les traductions officielles sont sans aucun doute soumises.
Je sais qu’on exige une traduction tellement rapide de ces livres que les traducteurs et traductrices qui décrochent la timbale ont très peu de temps pour accomplir leur travail. Je me rappelle avoir lu quelque part que le traducteur français du cinquième volume de Harry Potter a livré sa traduction à temps, mais qu’il a failli y laisser son mariage et sa raison. Je ne me permettrais jamais de critiquer son travail, vu que je serais bien incapable de fournir une traduction d’une telle complexité en peu de temps, mais je dois admettre que je n’aime pas trop certains de ses choix, en particulier ses traductions de certains noms, comme « Hogwarts » qui devient « Poudlard », par exemple.
Pour ce type de traduction, qui nécessite énormément de créativité, avec son monde inédit de magiciens et de sorcières, je me demande si une collaboration à la Wikipedia ne serait pas le moyen idéal de parvenir à la meilleure traduction possible. Il doit bien y avoir assez de fans de Harry Potter également doués en rédaction ; ils et elles pourraient travailler ensemble, échanger leurs trouvailles, débattre de certains choix et produire collectivement la traduction de référence. Comme pour Wikipedia, les contributions maladroites seraient rapidement éliminées grâce à une auto-régulation et des administrateurs et administratrices de confiance. Cela permettrait aux milliers de fanatiques de l’univers de Harry Potter de s’approprier réellement ces livres et de faire en sorte qu’ils atteignent leur plein potentiel dans un grand nombre de langues différentes.
Mes collègues qui travaillent dans le domaine de la littérature vont sans doute détester cette idée, mais ces livres touchent tellement les gens que s’ils avaient la chance de les traduire, ils s’y consacreraient sans doute corps et âme, ce qui pourrait mener, selon moi, à des résultats exceptionnels.
Wikipedia consacre de nombreuses pages à la question de la traduction de Harry Potter (en anglais).

De | 2016-06-08T12:45:18+00:00 3 août 2005|Culture|6 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

6 Réaction

  1. jean-paul août 3, 2005 à 5:04

    A propos de la traduction :
    Harry Potter est traduit par un traducteur français exceptionnel, Jean François Ménard.
    Je ne dis pas que les autres traducteurs sont mauvais ou moins bons que J.F.Ménard, mais lui, a un grand mérite : le respect de tous les jeux de mots de J.K.Rowling. Comme J.F.Ménard le dit “le carillon de Big Ben” doit sonner “typiquement français”. De plus J.F.Ménard a eu le mérite de ne pas faire comme les traducteurs des autres pays. Il a voulu traduire toutes ses petites expressions, au lieu de faire comme dans les autres pays et par conséquent de retranscrire ces expressions en anglais.
    J.F.Ménard a également un autre mérite : une traduction rapide : il ne lui a fallu que 63 jours pour traduire “Harry Potter et la Coupe de Feu”, soit environ une dizaine de pages traduites par jour.
    Certaines personnes bilingues, on dit que cette traduction était médiocre, mais si on regarde le travail exemplaire de J.F.Ménard, on ne peut qu’être contre cette avis.
    Avant tout il faut savoir que J.F.Ménard, c’est le plus souvent contenté de traduire les mots littéralement, sans changer leur sens exact. Donc, très logiquement House-Elf est devenu Elfe de Maison”, The Burrow est devenu “Le Terrier” … etc
    Analyse de quelques termes et de leur traduction :
    Poudlard / Hogwart :
    On pourrait se demander, à première vue, quel est le rapport entre “Poudlard” et Hogwarts. Un indice se trouve dans l’hymne de Poudlard (tome 01, page 131 en édition de poche) : “Poudlard, Poudlard, Pou du Lard de Poudlard, apprenez-nous ce qu’il faut savoir”, traduction de “Hogwarts, Hogwarts, Hoggy, Warty hogwarts, teach us something please” …
    Le mot hog que l’on retrouve dans Hoggy, se traduit par “cochon” ou “por ” : d’où le “lard” de “Poudlard”. De même, wart se traduit par “verrue” et se retrouve dans warty, qui signifie “verruqueux”. Littéralement, Hogwarts pourrait donc se traduire par “verrues de porc”, mais J.F.Ménard, préférant le pou à la verrue, a traduit par
    “Poudlard”, d’où le “poudulard” dans la chanson des nouveaux élèves !
    Neville Londubat / Neville Longbottom :
    La traduction la plus fidèle de Longbottom serait “long derrière”. Il faut donc comprendre “long du bas” pour interpréter le jeu de mot français.
    Chocogrenouille / Chocolate Frog :
    Littéralement : “Grenouille au chocolat”. Le traducteur aura préféré le mot-valise “Chocogrenouille” !
    Touffu / Fluffy :
    Fluffy signifie littéralement “duveteux”, “en peluche” …
    Pré-au-Lard / Hogsmead :
    Hogs signigie “cochons” ou “porcs”; mead, abrévation de meadow, se traduit par “pré” ou “prairie”. D’où : “Pré-au-Lard”.
    Serdaigle / Ravenclaw :
    Le mot raven correspond au “corbeau” français et claw signifie “griffe”. la “griffe de corbeau” a été transformée en “serre d’aigle”, plus évocatrice et plus facile à prononcer, d’où “Serdaigle”.
    Poufsouffle / Hufflepuff :
    Pour cette traduction, J.F.Ménard se serait inspiré de la sonorité du mot “Hufflepuff”.
    Croûtard / Scabbers :
    Scab, que l’on retrouve dans Scabbers, signifie “croûte”. Pas étonnant que le rat de Ron Weasley se nome Croûtard dans la version française.
    Quelques erreurs de traduction :
    Ministre de la Magie :
    Dans Harry Potter à l’école des sorciers, (tome 01, page 76 en édition de poche), Rubeus Hagrid explique à Harry que le Ministre de la Magie est très incompétent. Et il appelle ce Ministre de la Magie Cornélius Lafadaise. Ce même personnage apparait dans Harry Potter et la chambre des Secrets (tome 02, page 274 en édition de poche) avec le nom de Cornelius Fudge, comme dans la suite des tomes …
    Changement de sexe :
    Dans Harry Potter à l’école des sorciers, un certain Brown Lavender est appellé par le Choipeau magique à rejoindre la maison Gryffondor. Seulement voilà, dès le tome 02, on parle d’un personnage qui s’appelle Miss Lavande Brown …
    On en déduit que le personnage a changé de sexe.
    George Weasley ou Georges Weasley :
    Le prénom de George Weasley (frère de Ron Weasley) s’écrit normalement sans “s”, à l’anglaise … sauf dans Harry Potter à l’école des sorciers !
    Ernie Macmillan et Ernie MacMillan :
    Dans le même ordre d’idée, Ernie Macmillan (tome 02), élève à Poufsouffle, change très légèrement son nom de famille en … MacMillan dans le tome 04.
    Masculin et féminin :
    Le terme d’attrapeur au Quidditch est employé pour les filles tantôt au masculin, tantôt au féminin.
    Des mots en majuscules et sans majuscules :
    Enfin, les majuscules au début des mots sorciers changent constamment au fil des tomes : on écrira “Basilic” dans Harry Potter et la chambre des Secrets et “basilic” dans Harry Potter et la Coupe de Feu”.
    Il ne faut pas oublier que J.F.Ménard est un traducteur exceptionnel, donc, je pense qu’on ne peut pas lui en vouloir. Il faut juste demander à ce que les éditions des tome 01 à 05 soient mises à jour !
    Et puis, il est aussi très dommage que certains passages ne soient pas traduits dans les toutes premières éditions !

  2. jujuly août 4, 2005 à 1:46

    wow… quel courage de répertorier ainsi toutes les erreurs !
    Tout débat mis à part, j’apprécie les Harry Potter particulièrement pour une raison : mon aîné (14 ans) s’est mis à les lire en anglais parce qu’il les avait tous lus en français plusieurs fois.
    (Ce qui me fait regretter d’autant plus de ne pas avoir accroché quand j’ai essayé de m’y mettre.)

  3. jean-paul août 4, 2005 à 8:22

    Tout le mérite de cet impressionnant répertoire en revient à Raphaël, professeur de français, webmaster du site remarquable http://perso.wanadoo.fr/hpland/Livres/magie_de_la_traduction.html et auteur de l’analyse reproduite plus haut.

  4. Bruno août 5, 2005 à 9:29

    Bonjour,
    La traduction de l’un des jeux de mots m’a particulièrement plu: dans l’un des tomes (désolé pour les afficionados, j’ai oublié lequel !), lors d’un cours du professeur Trelawnay, Parvati Patil pose une question du genre “Professor, could you tell me the name of this planet ?”, ce à quoi la réponse fut “It’s Uranus, Parvati”. L’un des élèves de Gryffondor en profite pour faire un jeu de mots un peu graveleux: “Hey, Parvati, could you show us Uranus ?”… Je me suis demandé comment cela avait été traduit, et ai emprunté la version française de mon fils. La réponse est simple: Uranus a tout simplement été remplacée par… la lune ! La blague devient donc quelque chose du genre “Eh, Parvati, tu peux nous montrer ta lune ?”… Il fallait y penser !
    Autre chose (une question): lors de la visite des autres écoles de sorcellerie, dans “HP et la Coupe de feu”, certaines répliques tirant parti de l’accent français de Madame Maxime ont été *rajoutées* dans la version française, par exemple une blague jouant sur la confusion entre les mots chevaux et cheveux. Qu’en est-il de ce genre d’additions ? Cette décision du traducteur doit-elle recevoir l’assentiment de l’auteur, ou est-ce laissé à sa seule appréciation ?

  5. céline août 5, 2005 à 9:37

    J’ai lu que Jo Rowling n’a pas vraiment fait d’effort pour aider ses traducteurs et traductrices, donc à mon avis ces ajouts ont été faits suite à une concertation avec les personnes chargées de la relecture ; ça m’étonnerait que JF Ménard se soit risqué à prendre une telle décision tout seul.

  6. Dominique août 9, 2005 à 4:41

    Jean-François Ménard possède un avantage par rapport à d’autres traducteurs littéraires : il est également et surtout un auteur de livres pour enfants. Il est plus à même de connaître les attentes de ce public et les codes du genre. Je n’ai pas trop aimé ses propres livres, mais je leur reconnais une cohérence, une invention et des thèmes peu communs : c’est leur registre parfois cracra qui ne me touche pas. Mais je sais qu’ils marchent très bien auprès des enfants comme disent les documentalistes. De là à dire qu’il est tenté de mettre en avant une touche personnelle et à ne pas s’effacer, je ne peux trop juger.

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