Durant ma première pause-thé ce matin, je disais à un ami que dans mes conversations quotidiennes, je sous-exploite mon vocabulaire relativement vaste, qui m’est pourtant bien utile dans mon travail. J’ai tendance à utiliser sans arrêt les mêmes mots, par habitude, ce qui a un impact sur la précision et la richesse de mon discours. Au cours de la même conversation, il a utilisé un mot que je n’avais jamais entendu et qui illustre parfaitement ce que j’essayais de dire. Nous parlions d’œuvres d’art qui nous ont touchés par le passé, et comme il admire particulièrement Shakespeare, il m’a confié que la citation

To thine own self be true,
And it must follow, as the night the day,
Thou canst not then be false to any man.

Avant tout, sois loyal envers toi-même ;
et, aussi infailliblement que la nuit suit le jour,
tu ne pourras être déloyal envers personne.

est particulièrement apposite (pertinente) car en tant que parent, mari et ami, il est tellement tiraillé dans tous les sens qu’une règle d’une telle simplicité lui montre la voie à suivre.
Apposite m’a tout de suite plu. Bien qu’il s’agisse d’un synonyme direct de « pertinent », « apt », « well-adapted », etc., le fait qu’il est beaucoup moins courant lui confère une certaine profondeur qui a grandement enrichi et épaissi le propos de mon ami. J’ai également reconnu d’instinct l’origine latine d’apposite (ad- « proche » + ponere « poser »), qui en fait un mot très visuel : cette citation est tout près de lui, l’accompagne et le soutient. Je pense que si on utilise le langage de façon paresseuse, en piochant toujours dans le même réservoir de mots, on court le risque de miner le processus de verbalisation de nos pensées et émotions, et peut-être même d’éroder ce qu’il y a de plus unique en nous.
Ou peut-être que je suis d’humeur trop méditative aujourd’hui…

De | 2016-10-18T15:50:10+00:00 8 décembre 2006|Langage|5 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

5 Réaction

  1. Xavier Kreiss décembre 10, 2006 à 11:05

    Tout à fait d’accord! Apposite est un mot souvent, hélas, délaissé. Malgré son origine latine que tu soulignes, il est bien anglais. A ma connaissance, le seul mot ressemblant en français (avec le ad + ponere) serait : apposer (une signature etc).
    Et Céline a raison: le mot vient rappeler qu’il y a toute une mine de termes qu’on utilise trop peu souvent, la paresse poussant à se servir toujours des mêmes. D’où un risque d’appauvrissement du langage et, à terme, de la pensée.
    Si on a un garde-manger bien fourni, c’est dommage de toujours consommer les mêmes plats…
    Et “apposite” n’est pas (pas encore?) assez rare pour paraître prétentieux ou désuet.
    Reste une question pour nos amis britanniques: doit-on prononcer la dernière syllabe du mot comme dans “site”, ou “bite” ? Ou comme dans “exquisite” ? J’ai entendu les deux, ce qui est énervant!

  2. jean-paul décembre 13, 2006 à 6:46

    Dans la même veine de ces mots bien utiles et assez rarement utilisés, on peut citer ‘idoine’
    (qui convient parfaitement). Le bonheur du traducteur? Trouver le mot idoine!

  3. Steve décembre 13, 2006 à 7:22

    Que penser de ceux, comme l’auteur de Globisme qui soutiennent l’idee que l’efficacite du langage consiste a pouvoir s’exprimer avec le moindre possible de mots? De toute facon pour l’apprenant, la multiplicite de mots en anglais du aux differentes influences etrangeres peut paraitre une barriere a la maitrise de la langue.
    Steve

  4. céline décembre 14, 2006 à 8:32

    Mais l’efficacité est-elle synonyme de précision, de richesse ?

  5. Steve décembre 14, 2006 à 7:43

    Bien sur que non. Je suis contre l’idee d’un anglais reduit comme langue internationale. D’ailleurs je constate que c’est le plus souvent une manque de vocabulaire, plutot que des fautes de grammaire, qui empeche les “non-native speakers” de s’exprimer convenablement en anglais. Vive la richesee de vocabulaire!

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