mop

Ce recoin de la blogosphère est plutôt calme, depuis quelque temps, non ? Le mois d’août a été un peu surchargé et maintenant que septembre est là, les choses commencent à se tasser. J’ai lu d’excellents ouvrages cet été et j’ai eu envie de partager avec vous les extraits suivants de L’élégance du hérisson, le beau roman de Muriel Barbery.

Son personnage principal, une concierge vieillissante, parle de sa fascination pour la langue et le respect qui, selon elle, devrait lui être dû. Je n’ai pas osé m’attaquer à la traduction en anglais de ces deux passages ; si l’aventure vous tente, je serai ravie d’en publier le fruit du côté anglais de ce blog.

La langue, cette richesse de l’homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des œuvres sacrées. Qu’elles évoluent avec le temps, se transforment, s’oublient et renaissent tandis que, parfois, leur transgression devient la source d’une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré pleine sujétion.

(…)

Moi, je crois que la grammaire, c’est une voie d’accès à la beauté. Quand on parle, quand on lit ou quand on écrit, on sent bien si on a fait une belle phrase ou si on est en train d’en lire une. On est capable de reconnaître une belle tournure ou un beau style. Mais quand on fait de la grammaire, on a accès à une autre dimension de la beauté de la langue. Faire de la grammaire, c’est la décortiquer, regarder comment elle est faite, la voir toute nue, en quelque sorte. Et c’est là que c’est merveilleux : parce qu’on se dit : « Comme c’est bien fait, qu’est-ce que c’est bien fichu ! », « Comme c’est solide, ingénieux, subtil ! ». Moi, rien que savoir qu’il y a plusieurs natures de mots et qu’on doit les connaître pour en conclure à leurs usages et à leurs compatibilités possibles, ça me transporte. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau, par exemple, que l’idée de base de la langue, qu’il y a des noms et des verbes. Quand vous avez ça, vous avez déjà le cœur de tout énoncé. C’est magnifique, non ? Des noms, des verbes…

De | 2016-10-18T15:49:42+00:00 3 septembre 2007|Culture|10 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

10 Réaction

  1. Nico septembre 3, 2007 à 4:26

    Je reste sans voix… ou plutôt sans mots !
    Vous m’avez donné envie de lire cet ouvrage.
    Bonne continuation à vous.

  2. Bela septembre 4, 2007 à 3:30

    Vous en connaissez, vous, des concierges comme ça? LOL!
    J’ai toujours adoré la grammaire – française, anglaise, allemande, latine… Je ne comprends ceux qui n’y accordent aucune importance ou éprouvent du mépris à son égard. Sans grammaire, qu’est-ce qu’on obtient? Du charabia.

  3. jean-paul septembre 4, 2007 à 12:46

    Tout à fait d’accord, Bela.
    Je suis exaspéré quand j’entends des politiciens et autres déclarer (exemples véridiques): “En plus d’être injustifiées, ces mesures vont..” ou “Les décisions que nous avons pris…” [quand le complément d’objet direct est placé avant le verbe, etc..]
    Ah, l’époque heureuse des “analyses logiques” avec leurs glorieux et pittoresques bataillons d’attributs, d’épithètes, de pronoms personnels et réfléchis, de conjonctions de subordination ou de coordination, de compléments de toutes sortes… Et l’accusatif, le vocatif, le génitif, l’ablatif ! C’est bien la grammaire latine – rosa, rosa, rosam… – qui nous a valu cette belle chanson de Jacques BREL!!

  4. jean-paul septembre 4, 2007 à 12:49
  5. Sophie septembre 4, 2007 à 1:26

    Des amoureux de la langue tels que cette Mme Michel, je suis certaine qu’il s’en cache derrière d’autres concierges et employés « de soutien » en tous genres, en particulier parmi les immigrants aux compétences non reconnues. À bas les préjugés!

  6. céline septembre 4, 2007 à 2:04

    Je n’ai pas l’esprit logique pour un sou, et c’est pour cela que les cours de grammaire de sixième et de cinquième (4 heures par semaine) représentaient une véritable torture pour moi. J’avais l’impression qu’à être à ce point décortiquée, la langue perdait de sa magie. Puis un jour, subitement, durant le troisième trimestre de ma cinquième, j’ai tout compris. L’agencement des propositions, leurs relations entre elles, le rôle des conjonctions, des adverbes et autres outils indispensables de la phrase. Ça a été un réel émerveillement, et j’ai passé le reste de l’année à jouer les détectives et à analyser des textes entiers, passionnée, prenant le plus grand plaisir du monde à entrer dans leur intimité.
    Sophie : un matin, en route vers le boulot, j’ai surpris un des cantonniers de mon quartier, vêtu de son chasuble fluo, son balai à ses pieds, assis sur un banc, plongé dans un livre. Curieuse, je me suis tordu le cou pour en voir le titre : c’était « L’étranger » de Camus. Je me suis dit que ça aurait fait une belle photo.

  7. Sophie septembre 6, 2007 à 8:47

    Jolie anecdote, Céline, et l’image, même imaginée seulement, est forte en effet…

  8. Audrey septembre 14, 2007 à 6:53

    Ce livre est tout simplement gé-nial. Ca fait du bien de voir quelque chose d’aussi bien écrit, qui met autant les sens en éveil. Je l’ai aussitôt classé dans ma liste TOP 5 des meilleurs bouquins à recommender!
    XXX
    P.S: J’aime beaucoup ton blog

  9. Dominique septembre 17, 2007 à 12:04

    Une autre lecture du même livre :
    http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=673

  10. céline septembre 17, 2007 à 8:39

    Dominique : merci pour le lien stimulant ! Juste ce dont j’avais besoin pour me dégourdir la matière grise ce matin.

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