J’ai terminé le volet 4 avec la ferme intention de me concentrer davantage sur la traduction plutôt que de m’éparpiller dans les mondanités et les trop nombreuses activités de réseaux. Et c’est exactement ce que j’ai fait pour une bonne part des mois de novembre et de décembre.
J’ai travaillé sur cinq projets différents. Comme les premières traductions sont les plus décisives mais aussi les plus difficiles à obtenir lorsque l’on débute, voilà rapidement comment je les ai décrochées. Ma première traduction m’a été donnée par la seule agence que j’ai contactée jusqu’à maintenant. À la suite d’un entretien, on m’a confié la traduction d’un travail de recherche d’environ 3,000 mots. Bien que payé au tarif normal (un tarif très honorable, supérieur à ce que je m’attendais de la part d’une agence), ce travail était pour eux un test, test que je semble avoir réussi puisque j’ai fait deux autres traductions pour eux par la suite. Mon site Internet m’a aussi apporté un contrat de traduction, correction et révision de CV et de lettres de motivation. Cela fait près de deux mois que ce client m’envoie régulièrement du travail. Enfin, le cinquième projet est le fruit de mon travail bénévole.
Je suis vraiment contente, je dois dire, d’avoir réussi à travailler pour une clientèle variée. J’ai aussi reçu quelques demandes de renseignements de la part de particuliers qui m’ont trouvée grâce aux Yellow Pages. Honnêtement, je ne pensais pas que tout arriverait si vite. À la mi-décembre, j’ai même cru que je serais obligée de refuser des traductions tellement les demandes ne cessaient d’arriver.
Suite à ces deux mois chargés, j’ai donc commencé à gagner de l’argent : mes premières paies en tant que traductrice ! Il m’est difficile de décrire la joie que j’ai ressentie à la vue des paiements sur mon relevé de banque. Bien que cela ne suffise pas à faire bouillir la marmite, j’étais ravie de voir que cela remboursait la conception de mon site Internet. Ne pas avoir à dépendre de mon salaire de traductrice pour vivre a été dès le départ un vrai poids en moins. Cela m’a donné l’impression d’avoir un filet de sécurité et surtout du temps pour me faire connaître. De plus, comme j’enseigne à temps partiel d’octobre à mars, je peux me payer le luxe de refuser des projets sous-payés. Peut-être qu’un jour, je ne pourrai plus mener les deux de front, qui sait ? En attendant, travailler dans le milieu universitaire me permet d’établir des contacts et de promouvoir mes services.
Au moment où j’écris cette chronique, je repense à ce que je faisais il y a un an jour pour jour. J’étais à Londres en train de passer le Diploma in Translation de The Institute of Linguists. J’étais loin de me douter que j’enverrais des factures à mes clients et que j’écrirais sur mes premiers pas dans la traduction, un an plus tard.
Dans le deuxième volet, j’ai mentionné ma décision de faire du bénévolat afin d’acquérir de l’expérience et d’étoffer mon CV. Maintenant que tout est terminé, j’aimerais vous faire part de mes réflexions sur le sujet. Les traductions que j’ai faites bénévolement, que ce soit pour une association caritative via le site de Bénévolat en ligne de l’ONU ou pour une organisation culturelle financée par l’État, m’ont beaucoup apporté. Non seulement j’ai aidé deux causes qui me tenaient à cœur, mais j’ai aussi élargi mon domaine de compétences. En effet, j’ai traduit mon premier site Internet, j’ai profité d’un des projets pour apprendre à utiliser un logiciel de TAO et j’ai acquis de l’expérience dans de nouvelles spécialisations (organisations mondiales, journalisme et édition). De plus, j’ai obtenu de précieuses recommandations et, cerise sur le gâteau, ces deux expériences ont débouché sur des contrats payés. Le plus important reste sans doute que j’ai fait des erreurs qui m’ont beaucoup appris.
D’après l’annonce, le document à traduire via le site de Bénévolat en ligne demandait six à huit heures de travail hebdomadaire sur six semaines. Lorsque j’ai demandé à l’administrateur le nombre total de mots, il m’a donné le nombre de pages (ce qui ne veut pas dire grand-chose pour un site Internet étant donné que certaines pages étaient très courtes et d’autres assez longues) et un nombre total de mots compris entre 4 000 et 8 000 mots. Malgré un examen préalable du site Internet de l’association, je ne m’étais pas rendu compte que la traduction serait si conséquente.
J’ai toutefois accepté, trop contente d’avoir enfin été sélectionnée et pressentant que le jeu en valait la chandelle. Nous avions convenu que puisque j’ignorais la taille exacte du document, j’aurais besoin de dix semaines. Les gens de l’association ont été formidables tout au long du projet ; ils se sont montrés ouverts à toute suggestion, prompts à me fournir des précisions et très compréhensifs quant au délai puisqu’ils se sont vite rendu compte qu’ils avaient sous-estimé la charge de travail. Après avoir traduit 9 000 mots et passé 99 heures sur 12 semaines, je peux dire que c’est certainement vrai.
Toutefois, avec du recul, cela aurait pu se faire beaucoup plus rapidement. Le problème du travail bénévole c’est que c’est du travail supplémentaire qui vient se rajouter à tout ce que l’on a à faire. À l’époque, en autres choses, je m’installais dans une nouvelle ville, je vidais des cartons, je cherchais un emploi à temps partiel puis je commençais un nouveau travail, je me débrouillais tant bien que mal sans accès Internet, je cherchais des clients potentiels et je commençais à recevoir mes premiers contrats payés. Ainsi, en ne consacrant qu’un jour par semaine à ce projet, j’ai perdu un temps précieux chaque semaine à me remettre dans le bain. Une fois la traduction terminée, j’ai travaillé sur un document d’une longueur similaire et à mon grand soulagement, je n’y ai passé qu’une semaine.
Du coup, comme il n’est pas encore trop tard pour prendre de bonnes résolutions pour 2008, voici ce que je m’efforcerai de garder à l’esprit cette année :
– de toujours insister pour voir les documents dans leur totalité avant de m’engager ;
– de bien planifier mon travail quand la date d’échéance est lointaine ;
– de ne jamais perdre espoir : sept mois après avoir traduit bénévolement des documents pour une organisation culturelle et reçu la promesse de travailler pour eux au mois d’août, je viens d’être contactée il y a quelques jours.
Vous saurez dans le volet 6 si mes résolutions ont passé l’hiver. En outre, je m’étendrai davantage sur l’utilisation de logiciels de traduction assistée. En attendant, cela m’intéresse de connaître la manière dont vous gérez vos projets bénévoles ainsi que vos méthodes pour trouver des clients.
Marie.
À suivre.

De | 2016-10-18T15:49:30+00:00 11 février 2008|De passage|6 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

6 Réaction

  1. jean-paul février 12, 2008 à 5:37

    in a word, Marie : Félicitations!!

  2. Mathieu février 13, 2008 à 2:15

    Un grand merci Marie pour ce témoignage.
    J’essaierai d’envoyer le mien sous peu (lorsque j’aurai mis assez de patates dans la marmite, avec un petit morceau de lard aussi) :o)).
    Une petite question toutefois…Qu’entends-tu par “tarif normal” de traduction ? Quand on sort de l’ESIT (ce qui n’est pas mon cas), on déconseille de demander en dessous de 18 cts du mot.
    Moi, avec (seulement) mon DEA de Physique, mes deux ans d’expérience en tant qu’ingénieur et mon DESS de traduction de Bordeaux III, je ne décolle pas, en traduction technique, au-dessus des 9 cts au mot. Après test réussi et tout le tintouin (accord de confidentialité, contrat de partenariat etc.), je me suis même vu proposer du 5 ou 6 cts…
    Sans parler de certaines offres de Proz à 4 cts…
    Autant dire qu’à ces tarifs, avec les charges, il vaut mieux être à 3000 mots par jour minimum.
    Bon je file il m’en reste un bon millier à boucler before today end of business :o).
    Mathieu

  3. Marie février 14, 2008 à 11:13

    Le mot « normal » est en effet bien ambigu. Ici, j’entendais le tarif habituel auquel cette agence paie ses traducteurs et non un prix au rabais vu mon statut de débutante Mais, il n’empêche que ce tarif m’a étonnée. J’avais tellement lu que les agences se taillaient la part du lion que je ne m’attendais pas à être payée £72/1000 mots, à plus forte raison en mot cibles (plutôt avantageux dans le sens anglais-français).
    Pour te donner une idée, je pensais plutôt gagner £50/1000 mots, tarif moyen recommandé entre autres par Stephen Hackett & Tim Connell dans leur guide Starting Up as a Translator. L’autre organisation culturelle qui m’a contactée après mon travail bénévole m’a annoncé son tarif d’entrée de jeux : €100/1000 mots (ou son équivalent en livres sterling), là encore une très bonne surprise.
    Je pense que les prix de Proz sont vraiment une honte à la profession, mais tant que les gens les accepteront, la surenchère pour baisser ses prix continuera.
    Je ne sais pas si j’ai eu de la chance ou si la plupart des professionnels partent du principe que qualité ne peut pas rimer avec prix cassés. Quant au tarif recommandé par l’ESIT, tant mieux pour eux…mais, là il faut se placer dès le départ sur un marché haut de gamme.
    Pour mon tarif freelance, j’ai décidé de mettre en pratique mes habitudes de consommatrice. Un tarif trop bas m’effraie, un tarif trop élevé aussi, je vise plutôt la moyenne supérieure qui rassure et inspire confiance.
    Il n’empêche que tarif « honorable » ou pas, commencer dans ce milieu sans filet de sécurité peut être angoissant. Bon courage.

  4. Nathalie avril 9, 2008 à 3:07

    Oui, eh bien il y a une agence en Chine qui paye 0,02 cts/mot EN/FR!! Ca vous donne une idée non?
    A méditer.

  5. Mathieu mai 25, 2008 à 12:02

    Ah oui je confirme, j’y ai également eu droit…
    1. L’entrée en matière
    Dear Mathieu Jacquet,
    Thanks for your email and CV.
    The rate depends on your translation quality and experience.Generally speaking, the rate that we offer is Euro0.018~0.02 per source word, depending on your translation quality and experience. Is it ok for you to discuss the rate after we get the comment on your test ? […]
    2. La réponse du traducteur, ma foi surpris
    Dear xxx,
    do you confirm that you offer a rate of 0.02 € / source word in translation and not in proofreading?
    3. La confirmation
    Dear Mathieu.,
    Yes. It is the rate for translation. Maybe it seems low, but please consider our big volume and steady long term cooperation which mentioned in my previous email. Thanks!
    4. Le recadrage géoéconomique
    “Dear xxx,
    you will not find any translator living in France willing to work at this rate. You just cannot live in France if you practice 0.02 €/source word. It is a proofreading rate here.
    Explanation: 50% goes to the French state, so 0.01 € is for the translator. If you translate 3000 words/day, which is an average daily output, you earn 30€ a day.
    If you work 30 days a month (that is, no week-ends), you earn 900€ net.
    The minimum salary in France for people not working on week-ends is 1200€ net. See?
    Do you often offer your clients 80% discounts?
    I am sorry, but I do not.
    Have a nice day,
    Mathieu.

  6. céline mai 25, 2008 à 9:40

    J’aime bien le « on reparle de vos tarifs une fois qu’on a vu votre test, ok? » Comme si tu allais t’embêter à faire un test sans savoir combien ils sont prêts à te payer !
    On m’a récemment demandé de faire un test pour un gros boulot de traduction pour les JO de Pékin – pour une fana de sport comme moi, c’est le boulot de rêve, j’étais donc prête à faire une exception et à dire oui à un test (court). J’ai cependant répondu en disant, en gros : pour le test c’est ok, mais je tiens à vérifier avant toute chose que mon tarif entre dans votre budget. Réponse horrifiée du client, qui avait prévu de payer environ la moitié et qui tente de me convaincre que le volume de mots est énorme et que je devrais y réfléchir à deux fois.
    Réponse polie de ma part : travailler sur un très gros projet me forcera à refuser du travail deux fois mieux payé pendant une longue période, et donc l’argument « je vous donne plein de travail à un tarif de misère » ne tient vraiment pas la route dans ma situation. Aborder la question des tarifs dès le départ a permis à tout le monde de gagner du temps. N’oublions pas que, passion ou pas, la traduction est notre gagne-pain.

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