Un certain je-ne-sais-quoi dans l’atmosphère au bureau me suggère qu’il est temps de proposer une boisson chaude à la ronde. Je sauvegarde ma traduction, je me lève et je vais faire la tournée de mes camarades travailleurs. Thé ? Café ? Infusion de baies sauvages à la vanille, avec un soupçon de gingembre ? Comme je suis une collaboratrice vraiment géniale, je vais même au premier, où Paul est en réunion avec une consultante marketing, pour leur demander s’ils veulent boire quelque chose.
coffee « Bonjour ! Je fais une tournée de cafés, vous en voulez ? »
Paul : « Ah merci, bonne idée. Et vous, K ? K, je vous présente Céline, elle travaille ici, elle est traductrice anglais-français. »
K : « Vraiment ? J’ai souvent besoin de services de traduction et j’ai toujours du mal à trouver quelqu’un. »
Paul : « Ne cherchez pas plus loin ! Voici la personne qu’il vous faut. »
Et il commence à lui dire à quel point je suis formidable, comme traductrice. Le problème, c’est que les compliments me mettent très, très mal à l’aise. Alors quand il termine et qu’ils se tournent les deux vers moi, tout sourire, quelle est ma réaction ?
Dis-je : « Absolument, je suis formidable et je serais ravie de prendre en charge vos projets de traduction. Je vais vous donner ma carte professionnelle pour que nous puissions discuter quand vous aurez une minute. » ?
Non. Oh non. Voici ce que je dis, en brandissant mon bouquet de tasses :
« La traduction, c’est bien joli, mais ma vraie spécialité, c’est les boissons chaudes ! Alors, thé, café ? »
Un thé, un café. Je prends leurs tasses et je repars en bas, morte de honte.
Plus tard, je suis toujours en train de m’arracher les cheveux quand Paul revient de sa réunion. Nous convenons tous deux que je suis incapable de me vendre et que je ferais mieux d’envoyer à K un email avec mes coordonnées.
J’ai fini par me convaincre que c’est mieux comme ça. Une carte professionnelle, ça se perd facilement, tandis qu’il est plus facile de sauvegarder les coordonnées de quelqu’un à partir d’un email. Les réseaux professionnels, ce n’est pas mon fort, mais faire de telles erreurs n’est pas dénué d’avantages : au moins, on apprend rapidement à retomber sur ses pattes.

De | 2016-10-18T15:49:30+00:00 15 février 2008|Marketing et networking|5 Comments

À propos de l'auteur:

Celine
Je m’appelle Céline Graciet et j’offre mes services de traduction de l’anglais au français à différents clients travaillant dans des secteurs variés. En 2003, j’ai lancé un blog abordant des sujets variés : les langues, la traduction, l’anglais, le français et tout ce qui touche au secteur de la traduction et à la vie d’une traductrice.

5 Réaction

  1. frederique février 15, 2008 à 12:22

    oui, et puis quelqu’un qui cherche à tout prix à se vendre n’est pas forcément quelqu’un qui a beaucoup de boulot 🙂 Si l’on considère que la masse de boulot est à la mesure de tes compétences, tu ne sélectionnes de nouveaux partenaires qu’avec précaution… donc on peut interpréter ta réaction tardive comme “j’attends de discuter avec Paul pour savoir si tu tiens la route avant de t’envoyer mes coordonnées, ma cocotte”!

  2. céline février 15, 2008 à 12:27

    Oui mais en général, je considère quand même qu’il faut saisir toutes les occasions qui se présentent. Et puis ma réaction aurait en effet pu passer pour de la confiance en moi si je n’avais pas été rouge comme une tomate !

  3. Marie février 18, 2008 à 11:32

    À mon avis Céline, ton interlocutrice a mis ton embarras sur le compte d’une grande modestie plutôt qu’un manque de confiance en toi ; et si ce n’est pas le cas, Paul s’en est très certainement chargé.
    Pour ma part, je n’ai jamais su me vendre ni me mettre en avant. C’est pour ça qu’au départ, je me suis tournée vers les concours de la fonction publique, pour éviter les entretiens, les lettres de motivations et les CV.
    Mais maintenant que je suis à mon compte, je ne peux plus m’y soustraire.
    Du coup, c’est extrêmement thérapeutique. Aborder les gens, donner ma carte professionnelle, expliquer ce que je fais et oser demander un nom ou un renseignement, ne m’apparaissent plus comme de la prétention, mais comme une simple nécessité. Et c’est comme ca, que les gens semblent le percevoir parce que ça marche vraiment (aujourd’hui a été une journée particulièrement fructueuse, je sois dire).
    Pour me motiver, je ne cesse de me répéter : « qui ne tente rien n’a rien ».
    Alfred de Musset ne pensait pas autre chose dans sa pièce La Quenouille de Barberine (1835): « Pour réussir dans le monde, seigneur Rosemberg, retenez bien ces trois maximes : voir, c’est savoir ; vouloir, c’est pouvoir ; oser, c’est avoir », Acte I.

  4. graciet février 21, 2008 à 4:29

    ma pauvre céline, moi qui te connais bien , tu es toujours aussi modeste, et ce n’est pas maintenant que tu vas changer. j’espère au moins que tu as pensé a envoyer ton email a k. bisous

  5. Emmanuelle Darut mars 5, 2008 à 4:37

    Etant également nulle pour vendre mes services, j’ai trouvé plus facile de faire partie d’une communauté en ligne.
    Mais je suis convaincue que les formations de traduction (en fac tout du moins) devraient inclure un module vente/marketing/gestion par exemple, optionnel et adapté aux activités de traduction et d’interprétariat. Cette option existe peut-être dans le cadre des écoles privées de traduction ou d’interprétariat mais ça ne m’a pas été proposé en fac (ni en France il y a bien longtemps, ni actuellement en Angleterre). Ca fait partie des outils que nous devrions être en mesure de maîtriser avant de se lancer en freelance. S’il faut faire appel à une formation professionnelle (et bien souvent, ce poste de budget n’existe pas quand on débute), c’est dommage et trop tard.

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